Les cantons les plus touchés par les intempéries doivent bénéficier d'un soutien accru de la Confédération. La Commission de l'environnement du Conseil des Etats a voté – sans opposition – une motion dans ce sens, sur laquelle se penchera le parlement en mars. Et si la Chambre des cantons devrait suivre la commission en acceptant la proposition, il pourrait en aller tout autrement au National. En effet, le canton dont les infrastructures ont subi les plus gros dommages n'est autre que celui d'Obwald, qui a déclenché la polémique sur la concurrence fiscale, en revoyant son régime d'imposition. La question provoque des réactions très contrastées.

«Ces dossiers n'ont rien à voir l'un avec l'autre, justifie le président de la commission, Carlo Schmid (PDC/AI). A ses yeux, il s'agit de faire jouer la solidarité, afin que les dépenses par habitant dans les cantons concernés gardent des proportions «tolérables». Si la commission n'a pas fixé de montant précis, son président estime que les dépenses cantonales devraient se chiffrer au maximum à 100 francs par habitant. Mais il veut laisser au Conseil fédéral la responsabilité de définir la notion de «tolérable».

Dans les faits, la facture atteint aujourd'hui 300 francs par habitant à Uri et 800 à Nidwald. Obwald bat tous les records avec un total de 1000 francs. Pour que dans chacun de ces trois cantons la facture plafonne à 100 francs, il faudrait que la Confédération injecte plus de 60 millions. Dont près de 30 pour le seul canton d'Obwald. Or, elle a déjà débloqué 251 millions au titre d'aide d'urgence. Et ne semble guère encline à en faire davantage.

«Il y a eu un changement de paradigme en 1999, déplore Carlo Schmid. Avant, l'aide spéciale n'était jamais remise en cause. Avec les programmes d'allégement budgétaires et la rigueur financière qui en découle, la Confédération se montre moins généreuse.» Pour le président de la commission, la question du soutien à Obwald ne saurait être remise en question. «Comme Uri, c'est un canton financièrement faible. Il faut donc que la solidarité joue, indépendamment de la politique fiscale de ces cantons.»

Son collègue de parti Simon Epiney, lui aussi membre de la commission, se montre plus nuancé. A ses yeux, la Confédération ne devrait pas revoir les modalités de soutien à la baisse par rapport à de précédentes catastrophes naturelles. «Et si on part du principe que la capacité financière ne constitue pas un critère, il faut aider les régions les plus touchées. Néanmoins, si cette capacité financière entre en ligne de compte, elle qui se mesure notamment à travers les taux d'imposition, alors on peut se poser la question de savoir s'il faut aider Obwald ou non.»

Pour le conseiller national Jean-Claude Rennwald, la réponse est évidente: «Ce serait contradictoire, pour ne pas dire scandaleux, d'aider un canton qui par ailleurs ne joue pas le jeu de la solidarité fiscale.» D'autres élus semblent plus embarrassés. La sénatrice Gisèle Ory (Verts/NE) estime que «lors d'un coup dur», la solidarité devrait primer. Côté socialiste, Roger Nordmann (PS/VD) estime que «l'on peut aider un canton qui joue le jeu». Toutefois, il estime que ce n'est pas à la gauche de «torpiller le principe d'entraide». En clair, il ne faudrait pas, dans ce genre de cas, livrer la réponse du berger à la bergère, mais faire en sorte de «rétablir la solidarité».

Josef Zisyadis, missionnaire de l'équité fiscale, abonde dans le même sens: «La solidarité en cas de catastrophe ne se discute pas. La solidarité fiscale non plus.»

A droite, la logique est différente: «Lorsque les finances fédérales sont saines, un coup de main va de soi, quel que soit le taux d'imposition des cantons concernés, tranche le secrétaire général de l'UDC, Gregor Rutz. Mais à l'heure actuelle, elles sont en si mauvais état que je ne sais pas si la Confédération peut se le permettre.» Le radical vaudois Charles Favre lui emboîte le pas: «Il ne faut pas se montrer plus dur avec certains cantons qu'avec d'autres. Mais, d'un autre côté, les autorités cantonales ne doivent pas prendre l'habitude d'en appeler à Maman Confédération à chaque pépin. A eux, et notamment à ceux qui décident d'une fiscalité plus souple, de mettre de côté de petites réserves en cas de coup dur.» Un point de vue que ne manquera pas de défendre le chef des Finances Hans-Rudolf Merz, si le dossier remonte au Conseil fédéral.