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Nicolas de Flüe, représenté ici sur une peinture murale de l'église du village de Sachseln (OW). 
© URS FLUEELER / Keystone

Histoire

«Mon aïeul Nicolas de Flüe, saint patron de la Suisse»

La journaliste Kathrin Benz, descendante du célèbre ermite de la 16e génération, raconte l’histoire de son ancêtre dans un livre qui vient de paraître en français, 600 ans après sa naissance

Il a fallu plusieurs années de recherches et de rédaction à Kathrin Benz, journaliste alémanique mariée au Tessin et mère de famille nombreuse, avant de publier en 2016 son livre consacré au saint patron de la Suisse. La version française de cet ouvrage, Nicolas de Flüe, un déserteur, vient de paraître*.

Un déserteur, l’ermite du Ranft, ce paysan d’Obwald devenu une figure historique majeure de la Suisse médiévale? «Le mot allemand Aussteiger, utilisé dans le titre original, est très difficile à traduire en français, indique d’emblée l’auteure. Nicolas de Flüe n’a jamais déserté l’armée, ni lâchement abandonné sa famille, bien au contraire.» A dire vrai, c’était un homme hors rang, hors norme, tout en étant engagé dans la société. Quand il a quitté son épouse Dorothée et leurs dix enfants, dont le dernier venait de naître, en 1467, c’était avec leur consentement. Tous ont compris l’appel de Dieu qu’il entendait depuis l’enfance et auquel il a fini par répondre.»

De la famille au grand public

Considéré comme «le saint de tous», apprécié tout aussi bien par les catholiques que par les protestants depuis la Réforme, le Frère Nicolas a acquis le statut de patron de la Suisse. Son grand mérite: avoir sauvé la paix entre Confédérés par son intervention à la Diète de Stans (1481), où les cantons étaient arrivés à couteaux tirés.

Les ouvrages consacrés à l’histoire de l’ermite national (1417-1487) foisonnent, mais celui de Kathrin Benz s’en démarque. Il s’agit, d’une part, d'un récit destiné au grand public, qui se lit comme un roman plutôt que comme un traité d’histoire. D’autre part, il a été pensé par cette lointaine descendante du saint pour son entourage d’abord. «Ma famille maternelle se montrait plutôt réticente face à cet ancêtre dont on disait avant tout qu’il avait abandonné femme et enfants, raconte Kathrin Benz. D’autres disaient que c’était de la vieille histoire. L’idée d’en apprendre davantage sur lui m’est venue lors de l’enterrement d’un de mes oncles. Durant des retrouvailles familiales, j’ai rappelé que notre branche descendait directement de «Bruder Klaus» comme on l’appelle en Suisse alémanique. Je me suis référée à l’arbre généalogique établi une dizaine d’années plus tôt par le curé de Buochs (OW).»

De simple notice biographique destinée à sa famille, le projet de Kathrin Benz va prendre de l’ampleur, jusqu’à se transformer en un livre bien plus épais, riche de nombreuses anecdotes historiques. «Je l’ai proposé aux Editions Paulus Verlag, qui ont saisi la balle au bond à la veille des commémorations pour le 600e anniversaire de la naissance de mon ancêtre.»

Tout s’est ensuite enchaîné pour la journaliste, qui ne s’attendait pas à un tel écho. Les versions italienne et française du livre ont paru en 2017. Depuis, la descendante biographe est constamment sollicitée pour des conférences ou des consultations, un peu partout en Suisse et même à l’étranger, l’intérêt pour l’ermite et médiateur dépassant les frontières. «Bien sûr, passé l’année du jubilé, la ferveur pour le saint patron de la Suisse diminuera, prévoit-elle, mais je resterai profondément marquée par la découverte de ce qu’a vraiment été sa vie.»

Stratège et faiseur de miracles

En lisant Nicolas de Flüe, un déserteur, on découvre son enfance de fils de paysan, resté analphabète, mais qui n’en a pas moins voyagé jusqu’en Italie pour vendre ses produits sur les marchés de Lombardie. On le voit devenir homme, tourmenté déjà par des visions mystiques, partir en guerre, épouser à 30 ans la jeune Dorothée, qui avait la moitié de son âge. On le suit dans son choix difficile de répondre à l’appel de Dieu et de quitter la chaleur des siens pour une cellule nue dans les bois. On comprend le sacrifice de l’épouse, qui se retrouve à 35 ans seule à élever dix enfants dans leur maison du Ranft, près de Sachseln (OW), qui abrite aujourd’hui un petit musée. On le suit enfin dans son rôle de conseiller des humbles et des puissants, de diplomate, de stratège, de médiateur entre les Confédérés et les princes étrangers.

Elle-même catholique fervente, Kathrin Benz est convaincue de la réalité du jeûne de Nicolas, qui, selon les témoignages, aurait été total tout au long de sa retraite, exception faite de l’eucharistie. Elle croit aussi aux miracles de son aïeul, qui ont justifié sa canonisation en 1947 par le pape Pie XII.

Récupération politique

Que dit-elle enfin de la trouvaille de l’UDC, qui a «repêché» une phrase du saint – «Ne repoussez pas trop loin la haie» – pour justifier le refus de la Suisse d’entrer dans l’Union européenne? Elle a été mal interprétée pendant des siècles, estiment les historiens d’aujourd’hui. Nicolas de Flüe faisait plutôt allusion aux clôtures qui séparaient les propriétés privées des terrains communaux, précise Kathrin Benz. C’était un avertissement contre l’égoïsme. Cela étant, il se sentait très Suisse, fièrement indépendant, profondément démocrate, très pragmatique et responsable. Il ne voulait surtout pas que sa communauté perde ses libertés, son autonomie. Pour vivre en paix, il fallait faire des compromis, certes, mais ne jamais trahir les valeurs chrétiennes. Même si Nicolas de Flüe était tout à fait fils de son temps, il est aussi d’une actualité brûlante et source d’inspiration.»


* Nicolas de Flüe, un déserteur, Editions Saint-Augustin, Saint-Maurice, 2017.

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