Développement durable

En Ajoie, une ligne de train devient un écosystème

Après l’assainissement de la décharge chimique de Bonfol, la ligne ferroviaire paraissait condamnée. Elle va renaître sous la forme d’un projet écologique multiface

FORUM MOBILITE

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Campus de la HEAD, bâtiment H, Genève. Jeudi 14 novembre de 16h00 à 20h15.

Inscriptions et programme détaillé: www.letemps.ch/mobilite

Petit train de campagne, la liaison Porrentruy-Bonfol a été très sollicitée durant l’assainissement de la décharge chimique de Bonfol. «Nous avons vu passer 120 000 tonnes de matériel sous nos fenêtres», se souvient le maire d’Alle, Stéphane Babey. Mais cette ligne longue de 11 kilomètres seulement aurait-elle un avenir une fois ce site décontaminé et remis en état? «Cet avenir était d’autant plus incertain que les quantités de produits agricoles transportés par chemin de fer ont elles aussi baissé», reprend Stéphane Babey. Quant au trafic voyageurs, il atteint tout juste le taux de couverture minimal exigé de 30%.

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Inauguré en 1901, cet axe ferroviaire appartient à l’histoire géopolitique de la région. A l’époque, le grand voisin n’était pas la France, mais l’Alsace-Lorraine intégrée dans l’Empire allemand depuis 1871. Il se prolongeait alors jusqu’à la frontière, où il était raccordé au réseau de chemin de fer du Reich. Ce service transfrontalier a été suspendu en 1946.

On arrête ou on développe

Mais la ligne a survécu: elle dessert encore les gares de Porrentruy, Alle, Vendlincourt et Bonfol avec prolongement (non électrifié) jusqu’au célèbre site de stockage de la chimie bâloise. Comme elle n’est pas rentable, il fallait prendre une décision une fois que l’assainissement de la décharge industrielle était réalisé. «Nous avions le choix entre deux solutions: ou on ferme la ligne, ou on sort du cadre existant et on développe un marché avec une exploitation plus ambitieuse», résume le délégué aux transports du canton du Jura, David Asséo. «On envisageait effectivement l’idée d’arrêter ce service, mais les communes se sont mobilisées», complète le directeur des Chemins de fer du Jura (CJ), Frédéric Bolliger. C’est ainsi l’option du projet ambitieux qui a été retenue en 2015. Il a pris la forme d’un «contrat d’axe» signé en 2017 par les quatre communes, le canton du Jura et les CJ, sous le regard bienveillant mais attentif de l’Office fédéral des transports (OFT).

La dynamique qui s’est créée autour de cet axe de 11 kilomètres est à la fois urbanistique, écologique et économique, résume Stéphane Babey, qui a participé récemment à une présentation de ce projet à la presse spécialisée suisse. L’un des principes consiste à densifier l’occupation du périmètre des gares, avec des bâtiments locatifs et commerciaux ainsi que des espaces verts. Stéphane Babey verrait d’un bon œil l’ajout d’une halte dans la zone industrielle de Porrentruy, à un endroit où se juxtaposent la ligne ferroviaire qui part en direction de Delémont, la Transjurane et la rivière l’Allaine.

Un paysage signé Mario Botta

Il s’agit aussi de favoriser l’intermodalité, de promouvoir la mobilité douce, d’organiser l’interface avec les bus régionaux et de mener une «politique coordonnée de stationnement». Le maintien de la ligne exige la modernisation des voies et des gares ainsi qu’une offre attractive, avec la cadence à la demi-heure aux moments clés. Les trains actuels, de vieilles voitures récemment redessinées sur le thème animalier par le caricaturiste Pitch Comment, seront remplacés par du matériel roulant d’occasion que les CJ envisagent de racheter à une compagnie de Suisse orientale. Le raccordement au réseau CFF continuera de se faire à Porrentruy, où la ligne de Bonfol se termine aujourd’hui en cul-de-sac. L’élément touristique fait partie de cette vision d’avenir. Il intègre la mise en valeur du site assaini de Bonfol, qui sera enrichi d’une tour et d’une œuvre paysagère dont la réalisation a été confiée à Mario Botta.

Le transport de marchandises n’a pas été oublié. C’est même un aspect central dans la mesure où le contrat d’axe se veut écologique et débarrassé le plus possible du trafic des voitures et des camions. Une plateforme de transbordement sera aménagée à la hauteur de la coopérative agricole d’Alle. Elle facilitera le transport du bois et des céréales d’Ajoie vers le Plateau suisse. Cet ambitieux programme a un coût: 38 millions de francs. «C’est un projet important pour les entreprises d’une région en insuffisance de travail», souligne Stéphane Babey. Les chantiers démarrent l’an prochain. Ils devraient être achevés en 2030.

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