Le rendez-vous pour la photo a été donné à Ouchy. Car, de l’autre côté du lac, c’est la France. Et Alain Barbey y est autant chez lui qu’en Suisse. Le directeur romand des CFF a toujours eu un pied dans les deux pays. Par ses origines: il est binational. Par ses activités professionnelles: il préside la Chambre de commerce et d’industrie franco-suisse (CCIFS) depuis janvier 2016. Cette fonction ponctue une carrière en bonne partie consacrée aux échanges entre les deux pays.

Il l’a d’abord exercée de manière intérimaire, lorsqu’il a fallu trouver un nouveau président pour remplacer au pied levé Jean-Noël Rey, tué dans un attentat au Burkina Faso; puis de manière formelle depuis juin 2017. Son mandat arrive à échéance en 2021. Ce mardi 17 décembre, à l’ambassade de France à Berne, il se voit remettre des mains de l’ancien président de la SNCF, Guillaume Pepy, les insignes de chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.

Alain Barbey a beaucoup voyagé, en Suisse comme à l’étranger. Né à Tavannes, dans le Jura bernois, en 1957, ce Fribourgeois d’origine a grandi à Berne et à Lausanne. Il habite Sion et partage son travail entre Lausanne, où il a son bureau CFF, et Genève, où se trouve le siège de la CCIFS, qui dispose aussi d’antennes à Zurich et à Bâle. Marié à une Valaisanne, ce père de deux enfants est un adepte des sports de montagne. Sa passion pour le ski de randonnée et le VTT l’ont amené à participer au Grand Raid et à la Patrouille des glaciers.

«Un passionné d’aviation»

Né avec la bougeotte, il a consacré sa vie au monde des transports. «J’étais un passionné d’aviation. J’aurais voulu être pilote militaire. Je n’y suis pas arrivé, mais j’ai quand même obtenu une licence de pilote privé. De cette formation, j’avais gardé des contacts et on m’a proposé un job chez Swissair. J’ai fait l’essentiel de ma carrière dans l’aérien», raconte-t-il. Ses multiples escales ont pour noms Boston, Accra, Los Angeles, l’Algérie, Rome, Milan, Venise, endroits où il a travaillé pour le compte de l’ancienne compagnie nationale ou le groupe italien Ligabue.

C’est dans ce cadre qu’il eut ses premiers contacts professionnels avec la France. «La filiale de catering de Swissair, Gate Gourmet, était présente dans le monde entier, sauf en Italie et en France. Nous souhaitions entrer dans le marché français, très protégé, très différent de la Suisse. Nous avons réussi à ouvrir une usine de production de repas à l’extérieur des plateformes aéroportuaires. En l’espace de deux ans, nous sommes passés de deux employés à 700 et avons ouvert deux autres sites.»

Au départ, «nous étions en mode start-up, poursuit-il. Je donnais des coups de main comme aide-chauffeur, ce qui était très inhabituel en France. Au lieu d’aller recruter le personnel dont nous avions besoin dans les autres entreprises de catering, nous avons engagé la plupart de nos collaborateurs à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE). Nous n’avons jamais eu de conflit syndical. Mais nous avons tout de même dû faire face à quelque chose que nous n’avions pas prévu: un an après notre démarrage, nous avons dû tout renégocier pour passer des 39 heures aux 35 heures», se souvient-il.

«Créer un esprit Léman Express»

Cette expérience lui a permis de découvrir le monde du travail et le fonctionnement de l’économie privée outre-Jura. Une expérience utile pour ses fonctions ultérieures, en particulier chez TGV Lyria, qu’il a dirigé entre 2010 et 2015. «Comme je l’avais fait chez Gate Gourmet France, on s’est efforcé de créer un esprit d’entreprise TGV Lyria, avec les personnels dédiés des maisons mères. Et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire chez Lemanis, la société franco-suisse d’exploitation du Léman Express», reprend-il.

Les débuts sont compliqués. «On n’est pas encore très avancés, ce qui est logique car le personnel vient tout juste d’arriver en fin de formation. Mais nous avons commencé en amont en procédant à des échanges avec les syndicats suisses et français, qui ont activement contribué à la mise en place du Léman Express. Le but est d’avoir une forme d’engagement pour assurer le succès de l’entreprise et créer un esprit Léman Express. Nous avons bon espoir d’y arriver», assure-t-il. D’ailleurs, sa capacité à trouver des solutions consensuelles est largement saluée.

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De son côté, la CCIFS, qui a fêté ses 125 ans cette année, compte 700 membres (en hausse de 38% depuis 2015) et se veut apolitique, a pour but de favoriser les échanges économiques entre les deux pays et d’ouvrir les portes de la Suisse aux entreprises françaises et vice versa. Ce travail se fait en collaboration avec Business France et Swiss Business Hub, les antennes économiques des deux ambassades.

«Notre rôle consiste à faciliter les rencontres, à créer une bonne dynamique d’échange, à créer la confiance, à dissiper les craintes, à expliquer les spécificités de deux marchés différents, à créer des partenariats entre des entreprises suisses et des sociétés françaises et à organiser des événements.» Entre la Chambre de commerce et la gestion des chantiers et projets CFF en Suisse romande, le travail ne manque pas pour cet amateur de voies ferrées et bilatérales.


Profil

1957 Naissance à Tavannes (BE).

1999 CEO de Gate Gourmet Paris et France.

2007 Directeur général de Cisalpino.

2010 Directeur général de TGV Lyria.

2015 Coordinateur régional puis directeur régional des CFF pour la Suisse romande.

2016 Présidence de la Chambre de commerce et d’industrie franco-suisse.