Santé

Alain Berset annonce une hausse modérée des primes... jusqu'à quand?

En moyenne, les primes maladie n'augmenteront que de 1,2% en 2019. Reste à savoir si cette embellie sur le front des coûts de la santé n'est que passagère où si elle annonce une tendance lourde

C’est une agréable surprise: pour 2019, la prime moyenne de l’assurance de base n’augmentera que de 1,2 %, alors qu’elle s’était encore élevée de 4% l’an dernier. Mais en présentant ces chiffres, le ministre de la santé Alain Berset s’est bien gardé de pavoiser: il a salué le «lissage positif» de la hausse des primes, espérant surtout que le temps des chocs de 10 % dans certains cantons est désormais révolu.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dispose désormais d’une méthode plus précise pour faire ses prévisions. Jusqu’à présent, il se basait sur la prime standard avec une franchise de 300 francs. Voici vingt ans, cet indicateur se justifiait dans la mesure où 66 % des assurés optaient pour cette prime-là. Mais ils ne sont plus que 19 % aujourd’hui, de sorte que l’OFSP calcule désormais une prime moyenne.

Baisse de 15% pour les jeunes

Pour 2019, celle-ci s’élèvera à 315 francs par mois par assuré. Elle oscille entre 100 francs pour les enfants et 370 francs pour les adultes. Pour leur part, les jeunes adultes, soit les assurés âgés de 18 à 25 ans, bénéficient d’un allègement décidé par le parlement à la suite d’interventions du PS et du PDC. Ils verront leur prime baisser de 15 %.

Comme d’habitude, on note de fortes disparités selon des cantons. Alors que deux cantons alémaniques (AI et UR) enregistrent même une baisse de leurs primes, presque tous les cantons romands figurent parmi ceux qui déplorent les plus fortes augmentations. Si l’écart avec la moyenne suisse reste modeste pour Vaud (+1,8 %) et Genève (+1,4%), il est en revanche beaucoup plus marqué pour le Valais (+3,6%) et Neuchâtel (3,1%). En pays rhodanien, on relativise: «La prime mensuelle reste inférieure à la prime suisse», précise la Chancellerie cantonale. Pour le reste, celle-ci accuse les citadins d’en être responsables. «Le Valais s’urbanise et recourt davantage aux prestations médicales», explique-t-elle.

A Neuchâtel, le Conseil d’État s’inquiète de l’augmentation significative des coûts dans le domaine ambulatoire, alors qu’il observe «avec satisfaction» une stabilité dans le secteur stationnaire où il dispose de compétences de planification. Selon lui, la hausse est due surtout au fait qu’une grande caisse du canton (Assura) ne distinguait jusqu’à présent pas les primes des adultes de celles des jeunes adultes. Or, elle a dû reporter les baisses de primes des plus jeunes sur celles des aînés.

Voir aussi (en PDF): Les primes moyennes cantonales sur le site de l'OFSP.

Alain Berset reste prudent

Reste désormais à savoir si cette bonne nouvelle concernant l’ensemble de la Suisse annonce une tendance lourde où si elle n’est qu’un correctif, certaines caisses ayant dû augmenter leurs réserves l’an passé. A ce sujet, les avis divergent. Alain Berset s’est montré prudent : la lutte pour maîtriser les coûts de la santé est «un travail qui ne s’arrête jamais». Mais notre Sisyphe fédéral n’a pas caché quelques motifs de satisfaction. «Les nombreux efforts consentis pour comprimer le prix des médicaments nous ont permis d’économiser un milliard de francs par an dans ce seul secteur», a-t-il insisté. De plus, Alain Berset a relevé une prise de conscience de la part de tous les acteurs de la santé. Il estime ainsi qu’il n’aurait pas été possible, voici cinq ans, d’imposer une baisse de 470 millions sur les tarifs du Tarmed dans l’ambulatoire.

Du côté du site de comparaison des primes «comparis.ch», on se montre beaucoup moins optimiste. Selon ses responsables, cette modification du Tarmed a précisément provoqué des retards dans la facturation, ce qui brouille l’image momentanée de l’évolution des coûts. «L’expérience a montré que chaque fois que l’OFSP a annoncé une hausse des coûts inférieure à la moyenne, il s’en est suivi un choc des primes une ou deux années plus tard», rappelle le responsable des affaires publiques de «comparis.ch» Felix Schneuwly.

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