Décidément, l'or de la BNS donne des idées à beaucoup de monde. Alors qu'à Berne, on se dispute sur l'affectation de la part qui revient à la Confédération, dans les cantons, les propositions éclosent comme autant de fleurs printanières. Ainsi, à Fribourg, ce sont les socialistes qui viennent de livrer leur recette miracle. Répondant en cela aux radicaux qui, via une motion parlementaire, souhaitent verser l'intégralité du montant (757 millions de francs) pour éponger la dette (920 millions).

En substance, le PS propose de créer trois fonds, dont on n'utiliserait que le rendement. Le premier (fonds de solidarité doté de 450 millions de francs) servira à financer des projets de politique familiale ou sociale (accueil de la petite enfance et extra-scolaire, bourses d'étude, protection de la jeunesse, soutien aux énergies renouvelables et aux transports régionaux).

Avec la deuxième part du gâteau (200 millions de francs), on mettra sur pied une agence pour le développement économique et territorial, afin de financer le désengagement fédéral (en matière de crédits LIM, par exemple) ou de poursuivre les encouragements aux fusions de communes.

Enfin, le dernier fonds (100 millions) est destiné à compenser le surcoût lié à l'initiative socialiste «rabais d'impôts pour les familles», qui prône des déductions fiscales en faveur des familles sur la facture d'impôts et non plus sur le revenu imposable.

Spécialiste des questions économiques au sein du PS fribourgeois, le conseiller aux Etats Alain Berset développe le projet.

Le Temps: La proposition du PS fribourgeois ressemble à un fourre-tout, non?

Alain Berset: Pas du tout! C'est une proposition qui permet de répondre à des besoins importants dans le canton (baisses d'impôts ciblées pour les familles, augmentation des bourses d'étude et des soutiens à la formation, mobilité des personnes handicapées, projets de développement d'infrastructures et d'emplois, etc.). Tout en conservant intacte la substance de l'or pour les générations futures.

– Pourquoi ne pas utiliser la totalité des 757 millions de francs pour financer un projet plus conséquent – par exemple le pont de la Poya?

– Au moment où la Confédération montre des signes de désengagement vis-à-vis des cantons, il ne serait pas bon pour l'Etat de Fribourg de donner le signal qu'il est prêt à tout reprendre à son compte.

– N'ose-t-on donc plus avoir de vision un tant soit peu grandiose en Suisse?

– Tourné vers l'avenir, notre projet offre justement une vision à 20 ou 30 ans, qui présente une véritable politique de développement économique et social du canton de Fribourg. On reproche souvent aux responsables politiques de ne se préoccuper que du court terme. Avec sa proposition, le PS montre la voie – laquelle a d'ailleurs été défendue au niveau fédéral par le gouvernement et l'ensemble des cantons durant de nombreuses années.

– Le produit de la vente de l'or n'est pas encore dans les caisses cantonales que chaque parti, groupe de pression y va déjà de sa proposition d'affectation. L'argent va-t-il être dilapidé?

– Ce risque existe, il est vrai. Le pire, ce serait de voir un projet sans contenu l'emporter au final. C'est pour cette raison que le PS fribourgeois a voulu apporter très tôt une contribution dans le débat qui s'annonce. Il s'agissait de rappeler que notre avenir nous appartient, qu'il faut poursuivre un développement équilibré du canton.

– N'avez-vous pas peur qu'en agissant chacun de leur côté, les cantons utilisent mal l'argent qui leur est dû?

– On ne peut malheureusement pas écarter cette hypothèse. Je souhaite qu'ils se souviennent avoir toujours défendu, ces dernières années, que la meilleure façon d'employer le produit de la vente de l'or était de constituer un fonds. Ce qui, de leur point de vue, était bon à Berne devrait aussi l'être dans les différents cantons, non?

– Vis-à-vis des générations futures, la réduction de la dette n'est-elle pas une priorité?

– Elle le serait si Fribourg était un canton fortement endetté. Or, cela n'est pas du tout le cas, notamment grâce à une gestion minutieuse des deniers publics. Ainsi, si les autres cantons romands et Berne injectaient la totalité du montant qu'ils vont recevoir à la réduction de la dette et que le canton de Fribourg, dans le même temps, n'y plaçait pas un centime, ce dernier conserverait l'endettement par habitant le plus faible de tous.

En outre, en affectant les 757 millions de francs à la réduction d'une dette déjà faible, on risquerait de voir cette somme engloutie sans que personne ne s'en rende compte. Tandis que notre solution offre de la substance, tout en préservant les intérêts des générations futures.