Le conseiller fédéral Alain Berset ne pourra pas réduire le prix des médicaments autant qu’il le désirait. Mercredi, il a présenté un nouveau système qui tient compte d’un jugement du Tribunal fédéral favorable à l’industrie pharmaceutique.

Les comparaisons de prix avec l’étranger font régulièrement réagir les consommateurs helvétiques. Les assureurs maladie voient également dans ce secteur un grand potentiel d’économies. C’est vrai pour les médicaments brevetés et plus encore pour les génériques.

Alain Berset a voulu s’y attaquer dès 2012. Il s’est d’abord concentré sur les médicaments brevetés et a voulu introduire un nouveau système de tarification tenant compte des prix pratiqués à l’étranger et excluant la comparaison thérapeutique avec d’autres produits analogues. Gain escompté pour l’assurance obligatoire des soins: 720 millions à l’horizon 2015.

Mais il a dû déchanter en raison de recours de l’industrie pharmaceutique. Interpharma, l’Association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche, estimait notamment la décision de «nuisible à la place économique et scientifique».

La hache de guerre a cependant été enterrée pour éviter une longue et coûteuse procédure judiciaire. Alain Berset a revu sa copie et présenté l’an dernier un nouveau système tenant mieux compte des intérêts de la pharma. Son projet réintégrait donc la comparaison thérapeutique dans la fixation des prix. Mais pas suffisamment. Après l’examen attentif d’un avis que le Tribunal fédéral a rendu sur la question, le Conseil fédéral a décidé mercredi d’accorder encore plus de poids à ce critère. Ce sera du 50/50 avec le comparatif des prix pratiqués à l’étranger, au lieu d’un tiers seulement selon le premier projet.

L’industrie pharmaceutique n’en demandait pas tant. Mais le secrétaire général d’Interpharma, Thomas Cueni, salue cette décision avant tout «parce qu’elle évite l’incertitude juridique». De son côté, Alain Berset rappelle qu’entre 2012 et 2014, des économies de l’ordre de 600 millions de francs ont malgré tout pu être réalisées. Le prix de 1500 produits examinés a été réduit. Le réexamen reprendra en 2017 selon les nouveaux critères. Il devrait permettre des économies d’environ 180 millions pour les trois prochaines années.

Alain Berset annonce également qu’il va revoir le système de tarification des génériques, qui sont en moyenne 50% plus chers en Suisse qu’à l’étranger. Il n’a pas précisé comment il allait s’y prendre mais il faudra être patient. Le conseiller fédéral ne prévoit pas l’entrée en vigueur des modifications de loi nécessaires avant 2019. En attendant, il prendra certaines mesures pouvant générer jusqu’à 80 millions de francs ces trois prochaines années.