Conseil fédéral

Alain Berset décroche l’Intérieur

Le nouveau conseiller fédéral a obtenu le poste convoité par la gauche: le Département des affaires sociales et de la santé

Alain Berset au Département fédéral de l’intérieur, responsable des assurances sociales et de la santé, en remplacement de Didier Burkhalter, qui passe aux Affaires étrangères: la mini-rocade opérée vendredi par le Conseil fédéral dans sa nouvelle composition installe le nouvel élu socialiste à une position clé du gouvernement.

Pour le PS, c’est une revanche sur la répartition de septembre 2010, qui l’avait contraint à accepter les dossiers empoisonnés de l’asile au Département de justice et police. Les socialistes ont ainsi bénéficié d’un retour d’ascenseur après leur soutien à la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf.

En fait, il n’aura pas fallu cinq minutes au nouveau Conseil fédéral pour confirmer une répartition des portefeuilles qui avait été soigneusement préparée par Eveline Widmer-Schlumpf, précisément, en sa qualité de présidente de la Confédération pour 2012. Un rapide sondage téléphonique auprès des intéressés lui avait permis de constater que le nouvel élu socialiste aspirait à reprendre le dossier de la santé et des assurances sociales, alors que le titulaire de l’Intérieur, Didier Burkhalter, lorgnait sur les Affaires étrangères.

Depuis leur colère de l’an dernier, provoquée par le sentiment d’être relégués, les socialistes n’ont cessé de revendiquer une position plus stratégique et visible. Le Département de l’intérieur, avec un tiers du budget de la Confédération et un impact direct sur la vie des gens, constituait leur première cible. Vendredi, dans la Basler Zeitung, la présidente du groupe socialiste, Ursula Wyss, signalait qu’après neuf ans d’ère Calmy-Rey aux Affaires étrangères, il était temps pour les socialistes de reprendre en main les affaires sociales. Après onze ans de direction radicale sur ces dernières, le PS souhaitait reprendre la main.

«Excellente solution»

Le président du PS, Christian Levrat, se montrait de son côté «très très satisfait de cette excellente solution», qui allait permettre aux socialistes de contribuer à chercher des solutions «plus équilibrées, mais aussi originales» dans le domaine de la prévoyance sociale. Et aussi d’être plus visibles. Face aux difficultés de financement dans ce secteur, une prise en main socialiste permettrait, selon Christian Levrat, «de procéder à des réformes plutôt que de démanteler les assurances sociales», comme la droite le menacerait.

Certes, le PS, qui a lancé une initiative pour la caisse unique et défendra le référendum contre le réseau de soins, risque de se retrouver parfois en position délicate. A la fin de l’hiver, le Conseil fédéral devra prendre connaissance d’un rapport sur la situation des caisses de pension, en difficulté de refinancement à cause des faibles rendements des capitaux. Il y aura aussi à entamer la 12e révision de l’AVS, après l’échec de la 11e, avec notamment l’âge de la retraite des femmes, et le financement à long terme, sur fond de vieillissement démographique. Cela demandera de l’inventivité, du sens tactique et politique, admet Christian Levrat, persuadé que le nouveau conseiller fédéral a les qualités et le pragmatisme requis.

Mais relancer les réformes que Didier Burkhalter avait repoussées à plus tard, ou qui étaient au point mort, ce ne sera pas facile. Pour le conseiller national radical Philipp Müller, «il faudra que le PS fasse des choix, désormais, qu’il cesse une politique d’opposition pour passer à la recherche de solutions». Le socialiste n’aura pas carte blanche, prévient-il, car le Conseil fédéral reste au centre droit et les propositions du Département de l’intérieur devront aussi passer le cap du parlement.

C’est un défi énorme pour Alain Berset, admet son compatriote fribourgeois Urs Schwaller, président du groupe PDC, qui estime que c’est «une bonne nouvelle». L’arrivée d’un socialiste pragmatique aux Affaires sociales est positive. «Cela permettra sans doute de lever des oppositions qui venaient de son propre camp. Il devra trouver des solutions acceptables par la gauche et la droite.» Mais, ajoute-t-il, «ce n’est pas un idéologue. Il a une très forte volonté, et un grand sens politique. Je suis optimiste.» «Nos partenaires ont sans doute été sensibles à la nécessité d’un rééquilibrage du Conseil fédéral», estime Christian Levrat, faisant sans doute allusion au coup de pouce socialiste pour la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf, mais aussi celle du radical Johann Schneider-Ammann.

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