Cette sulfureuse histoire est une aubaine pour tous les détracteurs d’Alain Berset. L’aventure extraconjugale du conseiller fédéral avec une danseuse rebondit opportunément cette semaine, alors que le ministre fait face à une contestation de plus en plus importante de sa gestion de la crise. La Weltwoche, journal proche de l’UDC, a dévoilé de nouveaux éléments sur la tentative de chantage subie par Alain Berset de la part de son ex-maîtresse.

L’affaire a pourtant été jugée. La jeune femme, rebaptisée par la presse alémanique Scarlett Gehri, avait été condamnée en 2020 à 150 jours-amendes avec sursis et à une amende de 900 francs, pour avoir fait chanter Alain Berset. Elle lui réclamait en effet 100 000 francs sous peine de divulguer des éléments de leur liaison.

Christoph Mörgeli, ancien conseiller national UDC et auteur de l’article pour le magazine zurichois, a eu accès à des documents judiciaires confidentiels, une fuite – un délit en général poursuivi d’office. Il accuse le conseiller fédéral d’avoir utilisé ses services et sa garde rapprochée pour régler cette affaire embarrassante. Comment? En mettant sur le coup son secrétaire général de l’époque, Lukas Bruhin, ainsi que le responsable de la communication de son département, les chargeant de passer un ou deux coups de fil et d’écrire à la maître chanteuse, alors que le ministre a toujours clamé qu’il s’agissait d’une affaire privée.

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Ce mélange des genres est-il de nature à faire trébucher l’élu? Peu probable, mais pas exclu non plus, l’époque étant très sourcilleuse sur l’étanchéité entre l’Etat et la vie privée. Ainsi, un conseiller national PLR relève qu’il «est problématique en théorie d’impliquer des services de l’Etat pour un cas qui relève de la sphère privée, mais en pratique, vu le peu d’activité que ces derniers ont consacré à cette affaire, ça n’a rien coûté à la Confédération». Selon Blick, ces vérifications auraient en effet nécessité deux heures de travail, avant que les concernés ne concluent au caractère privé de la chose et qu’Alain Berset ne prenne un avocat. D’autres politiciens estiment au contraire que l’Etat devait être au courant d’une tentative de chantage contre un membre du gouvernement. «Faire appel au service de la communication pour gérer une affaire qui devient publique n’est pas choquant, estime le conseiller national du Centre Vincent Maitre (GE). Les services juridiques de la couronne à des fins privées, en revanche, cela aurait été répréhensible. Mais si Alain Berset n’avait rien dit, l’UDC le lui aurait reproché.»

Toujours est-il que ce parti ne lâche pas l’affaire. Le conseiller national zurichois Alfred Heer veut éclaircir la question de savoir si l’élu socialiste avait le droit de solliciter plusieurs de ses proches collaborateurs pour le seconder. La Commission de gestion tranchera, une autre sous-commission pourrait aussi enquêter.

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La Weltwoche révèle également que sept membres de la police fédérale (Fedpol), dont certains appartenant à l’unité d’élite Tigris, ont procédé à l’arrestation de la danseuse, en septembre 2019. Des moyens disproportionnés, selon le journal, ce dont Fedpol s’est défendu. Ces éléments ont aussi agité le landerneau politique, puisque l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (MPC) a effectué une enquête, dont le rapport vient d’être remis au président de la sous-commission du parlement chargée du dossier, le socialiste Hans Stöckli. Les membres de cette sous-commission le recevront dans quelques jours et ce sera alors à la Commission de gestion dans son ensemble de décider ou non de sa publication. Interrogé, Hans Stöckli lève un peu le voile: «Ce rapport ne s’occupe que du traitement de l’affaire par le MPC, puisque celui-ci s’est vu reprocher d’avoir privilégié Alain Berset.» Entendez: les éventuelles critiques contenues dans ce rapport viseraient davantage le procureur de l’époque, Michael Lauber – qui était encore en fonction lorsque Fedpol a arrêté la danseuse –, que le conseiller fédéral. Le MPC, lui, a annoncé vendredi avoir nommé un procureur extraordinaire chargé d’enquêter sur une éventuelle violation du secret de fonction.

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Suspicions, embrouilles, enquêtes, rapports. Assez pour affaiblir le ministre de la Santé? Ce conseiller national socialiste n’y croit pas: «La Weltwoche a décidé d’avoir la peau d’Alain Berset et comme elle n’y arrive pas sur la politique sanitaire, elle tente de le déstabiliser par un autre moyen. Je ne vois rien qui puisse l’affaiblir et encore moins le faire tomber.» Cet élu fait peut-être montre d’un optimisme exagéré. Car ils sont nombreux à vouloir la peau de l’homme au Borsalino. A l’heure où tous les partis, hormis le PLR, s’opposent à la volonté du Conseil fédéral de rendre les tests payants, où la contestation contre le certificat covid monte dans les rues de Berne, l’escalade est à craindre. Même si faire l’amalgame entre cette aventure qui a mal tourné et sa gestion du covid n’a pas de sens, tous ceux qui en veulent à Alain Berset ne s’embarrasseront pas du principe de la bonne foi pour lui faire payer son tango zurichois.

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