Alain Berset contre-attaque. Le chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI) a déposé une plainte pénale contre inconnu devant le Ministère public zurichois suite à la tentative de piratage du site en ligne Priminfo.ch révélée par L’Hebdo la semaine dernière. Avec un objectif très clair: faire la lumière sur la responsabilité de Comparis.ch qui assure qu’il s’agit de l’action individuelle d’un ex-employé indélicat – il a été licencié sur-le-champ.

Dans le même communiqué, le DFI annonce qu’il «ne se sent plus lié» par l’accord passé en juin dernier avec le comparateur en ligne. Cette convention, rendue publique par l’émission de la RTS On en parle , formalisait l’interdiction pour Priminfo.ch d’établir sur son site un lien direct entre assurés et assurances maladie avec l’envoi de demandes d’offre. Lancée par Didier Burkhalter le 28 septembre 2011, jour du piratage, la plateforme hébergée sur le site de l’Office de la santé publique (OFSP) ne disposait pas de la base légale nécessaire. Après avoir offert cette prestation, l’OFSP avait reculé suite à la menace de Comparis.ch de déposer plainte pour concurrence déloyale.

«Purement commercial»

En dénonçant l’accord, Alain Berset reprend la main, lui qui avait été vivement critiqué par les associations de consommateurs pour s’être «aplati» devant Comparis, «une entreprise purement commerciale». A chaque demande d’offre reçue via la plateforme privée, l’assurance doit verser entre 30 francs et 50 francs. Une affaire juteuse: environ 25% du chiffre d’affaires de Comparis est lié à l’assurance de base.

Alain Berset veut profiter de la tentative de piratage pour mettre un frein aux ambitions de Comparis et donner un nouvel élan au comparateur indépendant de l’OFSP. Pour cela, le socialiste envisage d’introduire une base légale ad hoc, option qui avait été abandonnée par Didier Burkhalter. «Cette possibilité sera étudiée, mais cela peut prendre du temps, précise Nicole Lamon, cheffe de la communication du DFI. On peut aussi imaginer proposer une offre alternative avec les associations de consommateurs.»

«Campagne de l’Etat»

Porte-parole de Comparis, Felix Schneuwly dénonce «une campagne de l’Etat» contre une petite entreprise privée. «Nous sommes surpris que le DFI dénonce l’accord passé en juin sur la base d’éléments qu’il connaissait à ce moment-là. Le département était au courant de la tentative de piratage. Ils ont signé en connaissance de cause. La seule chose qui a changé est que l’affaire est désormais publique.» Un document ­publié par L’Hebdo montre que l’attaque a été détectée immédiatement et que l’Office fédéral de l’informatique «saluerait» le dépôt d’une plainte. Ce qui n’a pas été fait à l’époque.

Felix Schneuwly dénonce l’apparition de documents «un an après les faits reprochés», à quelques semaines de la publication des primes maladie 2013. «Cela fait planer un doute sur une action ciblée qui a pour seul but de porter atteinte à la réputation de Comparis, poursuit-il. Nous déposons une requête pour pouvoir consulter la totalité des documents dont il est question dans l’accusation, selon la loi fédérale sur le principe de transparence. Nous voulons que toute la lumière soit faite dans cette affaire.»