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Le Conseil fédéral et son ministre de l'intérieur, Alain Berset, recommandent le rejet de l'initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel»
© PETER SCHNEIDER

Votation

Alain Berset: «Le revenu de base inconditionnel a quelque chose d'utopique»

Le conseiller fédéral estime que l'instauration du RBI affaiblirait l'économie et menacerait le système d'assurances sociales. Le gouvernement est entré ce vendredi en campagne contre l'initiative

Fini de rire. Le Conseil fédéral et les cantons sont entrés vendredi après-midi en campagne contre l'initiative populaire fédérale «Pour un revenu de base inconditionnel» , soumise au vote le 5 juin. Scène inhabituelle, deux policiers ont été postés devant le Centre des presse du Palais fédéral, pour éviter que des partisans de l'initiative - une dizaine avait fait le déplacement avec leur voiture dorée aux couleurs de leur campagne - ne perturbent la conférence de presse des autorités fédérales. Au cours de cette conférence, le ministre de l'Intérieur, Alain Berset, n'y est pas allé par quatre chemins: «Le débat était intéressant, mais maintenant, c'est du sérieux. Il faut rejeter cette initiative populaire.»

Selon le socialiste fribourgeois, la proposition lancée par un comité citoyen d'assurer à l'ensemble de la population suisse un revenu de base indépendamment de la situation professionnelle est dangereuse à plusieurs égards: elle affaiblirait l'économie, tout comme l'incitation à pratiquer une activité lucrative, notamment pour les personnes à temps partiel et qui disposent d'un faible salaire. Elle pourrait aussi entraîner une perte de main d'oeuvre et doper le travail au noir «dans la mesure où les 2500 premiers francs seraient taxés à plein, selon l'une des versions de mise en oeuvre de l'initiative». 

«Complexifier le système»

«Un revenu de base inconditionnel ne peut pas remplacer les assurances sociales», a renchéri la conseillère d'Etat fribourgeoise Anne-Claude Demierre, vice-présidente de la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS). Et de donner un exemple: «Une personne fragilisée, invalide ou malade, ne peut pas vivre dignement avec 2500 francs par mois. Donc le RBI s'ajouterait au système de sécurité sociale.» Alain Berset aboutit à la conclusion que cela complexifierait le maillage des assurances sociales plutôt que de le simplifier.

Le conseiller fédéral, aussi docteur en sciences économiques, a aussi avancé des arguments financiers pour combattre le revenu de base inconditionnel. Selon les hypothèses travaillées par son Département, le coût d'un RBI à 2500 francs par mois par adulte et 625 francs par enfant s'élèverait à 25 milliards de francs par an. «Cela équivaut à augmenter la TVA de 8 points. C'est irréaliste.» Quant à instaurer une taxe sur les transactions financières, comme le proposent les initiants, Alain Berset doute de son efficacité en cas d'introduction isolée, dans un seul pays. Elle serait trop facile à contourner. 

Dépasser le capitalisme? Pas par l'utopie selon Berset

Enfin, il a bien sûr été question de la valeur du travail, l'un des arguments phares des opposants à l'initiative. «L'emploi n'est pas qu'un mode de rétribution du travail, il a un rôle intégrateur dans la société», estime Anne-Claude Demierre, qui tout en s'opposant «sans hésitation» au texte, a aussi dit adhérer à son objectif: permettre à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique. Mais, selon la conseillère d'Etat, les pouvoirs publics tentent aujourd'hui de réaliser cet objectif «avec un système parmi les meilleurs.»

Les deux magistrats socialistes ne se sentent-ils pas en porte-à-faux, le programme du PS visant à dépasser le capitalisme? Alain Berset botte en touche. «Ce n'est pas la question qui se pose aujourd'hui. Tout le monde voit bien que cette initiative a quelque chose d'utopique.»


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