L'Union syndicale suisse (USS) a saisi le référendum contre la modification de la loi sur le travail, qui permet l'ouverture dominicale des magasins dans les gares et les aéroports. Alain Berset, conseiller aux Etats socialiste (FR), s'était fermement opposé au projet lors du débat aux Chambres. Il s'explique.

Le Temps: Faites-vous parfois vos courses à la gare le dimanche?

Alain Berset: Oui, bien sûr. Cela m'arrive et je continuerai à le faire. Mais ce n'est pas contre cela que le référendum a été lancé. Les commerces qui vendent des produits de base dans les gares peuvent rester ouverts le dimanche. Mais il n'y a pas d'intérêt à aller vers une ouverture généralisée de tous les magasins et services. Le dimanche deviendrait un jour de travail comme les autres.

– L'ouverture dominicale ne répond-elle pas à un besoin, à l'heure où gares et aéroports se développent de plus en plus?

– Je ne crois pas. Si on regarde le débat politique de ces dix dernières années sur le sujet, on constate que personne n'a jamais demandé une ouverture dominicale généralisée. Quel besoin y aurait-il à acheter sa voiture le dimanche dans un aéroport? Si la modification de la loi est acceptée, on pourrait voir des banques, des assurances et tous les commerces et services ouverts le dimanche. La majorité de la population suisse travaille dans le secteur tertiaire. La plus grande partie d'entre elle pourrait donc être amenée à travailler régulièrement ce jour-là.

– N'êtes-vous pas un peu rétrograde?

– Est-ce rétrograde de se battre contre la déstructuration de notre société? Est-ce que l'on veut que le dimanche devienne un jour comme les autres? Quand se consacrera-t-on alors à la famille, à ses amis, à faire autre chose que penser au travail?

– Certains affirment que cette loi créera des emplois.

– Pour créer des places de travail, il faut que les ventes augmentent, et donc que le revenu des acheteurs soit plus élevé aussi. Ce qui ne sera pas le cas. Tout ce que l'on peut attendre, c'est un déplacement des emplois de la semaine vers le dimanche. Les études le montrent, ce déplacement s'accompagne d'un transfert des emplois des petits commerces spécialisés, qui ont besoin de main-d'œuvre pour réaliser leur chiffre d'affaires, vers les grandes surfaces. On pourrait même déboucher sur des pertes d'emplois.