Prévoyance vieillesse 2020

Alain Berset ou le temps de l’urgence

Le conseiller fédéral Alain Berset a mené une campagne d’une rare intensité. Pour ses adversaires, il était le pire danger

«Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal: c’est le courage de continuer qui compte». Dans l’après-midi, le conseiller fédéral Alain Berset a publié sur les réseaux sociaux cette citation de Winston Churchill. Quelques heures plus tard face aux médias, son visage est resté impassible au moment de commenter le verdict des urnes. «Il faut prendre note et reconnaître ce résultat», admet-il sans sourciller.

Chance dans son malheur: le résultat est net. C’est non à la réforme avec 52,7% des voix et non au financement de l’AVS par la TVA avec une majorité de 11 cantons et cinq demi-cantons et une mince majorité populaire de 3000 voix. On peut imaginer sa frustration si un objet avait passé la rampe et pas l’autre ou s’il n’avait manqué que la majorité des cantons.

Sans montrer d’émotions et encore moins d’agacement, Alain Berset dit vouloir commencer par analyser les résultats et leurs conséquences. Mais il compte également inviter très vite l’ensemble des acteurs pour se déterminer sur les contours d’un nouveau projet. «Le débat a été vif, à la hauteur des enjeux, lance-t-il. Ce débat-là est maintenant terminé mais le problème reste le même».

3e échec du Conseil fédéral

Consolider le financement des rentes. Vingt ans qu’aucune réforme ne passe la rampe. Ce dimanche, Alain Berset a échoué comme ses deux prédécesseurs radicaux avant lui. Mais il avait placé la barre bien plus haut, en proposant un projet englobant le 1er et le 2e pilier. Il peut se consoler en se rappelant que Didier Burkhalter, alors en charge de ce dossier, n’avait pas convaincu non plus de la nécessité de baisser le taux de conversion avec un résultat mémorable de 72,7% de voix contre.

Alain Berset a avancé ses pions progressivement pour tenter de convaincre. Tout d’abord, son parti, le PS a fait cause commune avec le PDC pour constituer une majorité autour du projet. Les déchirures internes ont ainsi été évitées. Les Femmes socialistes et les centrales syndicales se sont également rangés derrière la réforme alors que ce soutien était loin d’être acquis étant donné l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes. Le ministre a aussi su s’entourer. Convaincues, deux anciennes conseillères fédérales, Ruth Dreifuss et Eveline Widmer-Schlumpf sont venues prêter main-forte durant la campagne.

Face aux citoyens, c’est le premier grand dossier que le conseiller fédéral devait défendre. Il n’a pas ménagé sa peine, son temps et sa patience, sillonnant le pays pour s’adresser directement au public, jusque dans des arrière-salles de bistrot. Il s’est également démarqué en prononçant son allocution en romanche. On pourra dire qu’il sera allé chercher les voix une à une. Expliquer, expliquer, expliquer, disait-il avant que ne débute la campagne. Et c’est ce qu’il a fait. Face à lui, ses adversaires ont eu la tâche très difficile et même le conseiller national Benoît Genecand (PLR/GE) l’admettait il y a quelques jours: «notre ennemi, c’est Alain Berset et il faut qu’il se taise. Lorsqu’il s’exprime sur le sujet, il parvient à convaincre et il est imbattable».

Mais il a été battu. On devrait dire que c’est l’échec du Conseil fédéral, mais le ministre s’est à ce point impliqué qu’il est normal que les projecteurs soient braqués sur sa personne. Il va vivre des jours difficiles et la semaine qui commence ne sera pas la plus heureuse de sa vie: jeudi en effet, il doit annoncer les primes pour 2018. L’assurance-maladie, la prévoyance vieillesse: ce sont les deux gros dossiers d’Alain Berset. Lorsqu’il a été élu au Conseil fédéral en 2011, il n’était pas un expert en la matière. Il l’est devenu. Dimanche, se posait immanquablement la question de son regret de n’avoir pas changé de Département vendredi, pour reprendre celui des affaires étrangères laissé vacant par Didier Burkhalter. «Il était toujours clair qu’indépendamment du résultat de cette votation, je souhaitais rester au Département fédéral de l’intérieur», affirme-t-il en souriant.

 

La bataille des retraites

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