Election

Alain Berset, une présidence tournée vers l’Europe

Le Fribourgeois a été élu par 190 voix à la présidence de la Confédération pour 2018. Le dossier européen sera l’une de ses priorités. L’eurosceptique Ueli Maurer lui succédera en 2019

Alain Berset est élu avec 190 voix sur 210 bulletins valables à la présidence de la Confédération pour 2018 et l’UDC Ueli Maurer sera son vice-président, fonction pour laquelle il a obtenu 178 suffrages devant l’Assemblée fédérale mercredi matin. Le Zurichois devait ainsi accéder à la présidence pour la dernière année de la législature, en 2019. En comparaison avec d’autres élections récentes, ces deux résultats peuvent être considérés comme bons.

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Le socialiste le mieux élu depuis 1977

Alain Berset, qui succédera à Doris Leuthard le 1er janvier et sera à 46 ans l’un des plus jeunes présidents que la Suisse ait connus, fait mieux que tous les socialistes qui l’ont précédé à cette charge depuis le score canon de 213 voix de Willi Ritschard en 1977, un record absolu que le Soleurois partage avec un autre socialiste, le Bâlois Hans Peter Tschudi (213 soutiens en 1969). En 2014, Simonetta Sommaruga avait obtenu les faveurs de 181 députés fédéraux alors que, juste avant elle, Micheline Calmy-Rey avait réalisé les scores les plus bas de l’après-guerre, avec 147 voix en 2006 et seulement 106 en 2010. Ce très mauvais résultat, le plus faible depuis l’introduction de l’élection du Conseil national au système proportionnel en 1919, était dû aux critiques émises contre la socialiste genevoise pour sa gestion de la crise libyenne.

S’il s’approche des 200 voix, Alain Berset ne les atteint toutefois pas. Ce seuil symbolique n’a d’ailleurs plus été franchi depuis l’élection de Jean-Pascal Delamuraz à la présidence de la Confédération pour l’année 1989 (201).

Manifestation de l’UDC critiquée

Les 178 suffrages accordés à Ueli Maurer pour la vice-présidence constituent le meilleur résultat du Zurichois devant ses pairs. Ancien président de l’UDC suisse, il avait été péniblement élu au Conseil fédéral en 2008, devançant d’une toute petite voix l’outsider Hansjörg Walter au troisième tour, qui avait bien malgré lui fait la course en tête aux tours précédents. Ses réélections en 2011 et 2015 furent honnêtes, sans plus. Sa première élection à la vice-présidence, en décembre 2011, s’est soldée par l’octroi de 122 maigres suffrages et c’est par 148 voix qu’il accéda à la présidence de la Confédération pour l’année 2013.

Ueli Maurer n’a ainsi pas fait les frais du courroux occasionné par la manifestation non autorisée improvisée par l’UDC mercredi matin juste avant l’ouverture de la séance du parlement. Les députés du parti de Christoph Blocher ont chanté l’hymne national et brandi des banderoles pour commémorer le rejet de l’Espace économique européen (EEE) par le peuple suisse le 6 décembre 1992. Le président du Conseil national, Dominique de Buman, les a remis à l’ordre, rappelant qu’une telle manifestation ne peut se faire sans son blanc-seing et que, dans le cas présent, aucune autorisation n’avait été demandée.

Le dossier européen prioritaire

Mais on en est resté là. En bon Fribourgeois, Dominique de Buman a remis à Alain Berset un biscôme de circonstance pour marquer le fait que le 6 décembre est aussi et surtout la fête de saint Nicolas, patron de la cité des Zähringen que tous deux représentent à Berne. Dans son allocution prononcée en alternance dans les quatre langues nationales, Alain Berset a mis l’accent sur la «continuité gouvernementale» qui marque la Suisse depuis 1848 et rendu hommage à cet «Etat fédéral qui n’a connu que la paix depuis sa fondation.» «Mais cela ne va pas de soi, les acteurs changent, nous sommes au cœur de phénomènes globaux qui nous dépassent, comme la mondialisation ou la révolution numérique. Mais nous n’avons jamais été aussi forts que lorsque nous avons anticipé plutôt que freiné ces évolutions.»

En ce jour anniversaire de l’échec de l’EEE, il rappelle que ce scrutin avait «ouvert une période d’incertitude. Mais nous avons toujours trouvé un chemin et la voie bilatérale nous a permis de stabiliser nos relations avec l’Europe», ajoute-t-il en soulignant que ces relations nécessitent de nouveaux équilibres. Durant son année présidentielle, il devra poursuivre le travail effectué par Doris Leuthard cette année. Ce sera d’autant plus prioritaire que, après lui, les rênes de la Suisse seront tenues par le très antieuropéen Ueli Maurer.

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