Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
«J’ai un surmoi assez modéré, passer pour un con m’importe peu.» Alain Rebetez.
© Béatrice Devènes

Portrait

Alain Rebetez, le guignol de l’info

Dans sa chronique politique à la RTS, le journaliste parlementaire Alain Rebetez rudoie les politiciens qui l’entourent. Il flirte parfois avec les codes mais cherche avant tout à capter de vrais moments télé

Il se passe quelque chose d’unique et d’inédit dans la manière qu’a Alain Rebetez de raconter au grand public la politique suisse. Sa chronique au téléjournal, «L’instant politique», ce sont les coulisses du parlement où on aurait lâché un gamin trop espiègle. Il serait armé de boules puantes pour rigoler et de quelques gouttes de ce fluide si rare dans notre pays: un soupçon d’insolence. Il raconte et tend des chausse-trappes, Alain Rebetez, comme à la syndique d’Avenches, Roxanne Meyer Keller, si terriblement empruntée à l’instant de dire le pourquoi de sa candidature au Conseil d’Etat vaudois.

Pas là pour servir les politiciens

«Ces moments-là, ça dessert les politiciens. Mais je ne suis pas là pour les servir», répond seulement le journaliste. Il joue avec les limites, filme l’épouse de Christian Levrat, que ce dernier souhaitait préserver. Il ironise avec Roger de Weck, son chef, directeur général de SSR-Idée Suisse. Il évoque le «caractère de cochon» du diplomate Yves Rossier, ou ricane des larmes sur les réseaux sociaux du conseiller national Carlo Sommaruga au moment de la mort de Fidel Castro.

Comme ces têtes qui dépassent parfois, ce Rebetez-là déborde du petit écran. Lorsqu’il préparait son tout premier duplex, le cameraman lui demande de moins gesticuler parce qu’il sort du cadre. «Je lui ai répondu que je ne pouvais pas, que c’était à lui de cadrer plus large!» Alain Rebetez est le Zébulon des pas perdus, il fait son «Muppet Show» au 19h30.

Patrimoine romand de l’audiovisuel

Son ton, ses yeux exorbités, ses rictus pourraient être estampillés «patrimoine romand de l’audiovisuel». L’élastique du visage et du corps, la vitesse des mots et des mimiques en font le Louis de Funès de la rédaction. Mais cette originalité, dit-il, traduit moins un goût de la théâtralité (un peu, tout de même), que la volonté de capter son auditeur. Car c’est là le défi ultime de ce journaliste qui ne lit jamais de prompteur pour ne pas enlever de sa spontanéité. Il entend souvent: «Je ne m’intéresse pas à la politique, mais avec vous, je comprends.» Alors, il jubile.

Cela fait vingt ans que le Jurassien d’origine traite de politique parlementaire à Berne. Les politiciens, il les connaît. Il les respecte, il en admire certains, mais il ne s’en fait pas des amis. «On a toujours le pistolet dans la ceinture. Eux me craignent autant qu’ils m’utilisent, moi je sais qu’ils peuvent à tout moment me berner.» Le journaliste a connu Claude-Alain Voiblet en médiateur rassembleur dans le Jura, apaisant les tensions entre les camps séparatistes et conservateurs. Il était aussi là en avril dernier lorsque le président de la section lausannoise s’est fait bannir de l’UDC Vaud, à force d’attiser les conflits. Il sait les vertiges, les ascensions comme les chutes, les imposteurs et les visionnaires. «En vingt ans, la gauche s’est transformée en un mécanisme de défense des acquis face à la droite révolutionnaire, le petit parti est devenu la plus grande force politique, les politiciens sont devenus de vrais professionnels et les journalistes parlementaires ne mangent plus à midi… Ils vont courir!»

Il rêve d’une émission à lui

Alain Rebetez aurait rêvé de reprendre «Infrarouge» ou que sa proposition d’émission – une «Classe politique» vitaminée – soit retenue. Ce n’est pas d’actualité, mais à 56 ans il espère encore avoir un jour son vrai show politique à la RTS. Non comme une forme de narcissisme sur écran plat, mais pour «décloisonner le débat». «On sait trop souvent ce que les gens vont dire avant même qu’ils n’ouvrent la bouche. J’amènerais un peu d’intelligence sur les plateaux, j’irais chercher des spécialistes.» Toujours cette idée de rendre pour tous la politique aussi passionnante qu’elle l’est pour lui.

Alors, cette chronique hebdomadaire, en somme, c’est son petit sucre? «Un sucre? Mais c’est carrément tout un sucrier! Un champ de canne à sucre, oui!» s’amuse Rebetez, fanfaronnant façon Cyrano, avec qui il partage le grand nez. «Ce côté reportage dans ma chronique, j’en suis très fier. Car je ne suis pas un journaliste de terrain, plutôt un crâne d’œuf. J’ai ce défaut de préférer réfléchir à un sujet plutôt que d’aller voir.» Alors il se force un peu, il se lève et il montre, regard d’enfant sur parlement. Derrière les facéties, un ton juste, acide et acéré. «Lorsque l’on tourne, le mot d’ordre c’est de ramener des «Zaubermomente», des moments magiques.»

L’ambition de convaincre

Si Alain Rebetez n’avait pas été journaliste politique, il aurait plaidé dans les tribunaux. Ses études de droit l’y préparaient. Mais pour arrondir ses fins de mois, il tente la critique théâtrale pour la «Feuille d’avis de Neuchâtel». Il se met à écrire pour ce qui deviendra «L’Express» puis passe une dizaine d’années à «L’Hebdo». A la tribune, dans les colonnes ou à l’écran, ce qui compte c’est de convaincre. «Demandez à ma femme et à mes trois enfants le nombre de soirées que j’ai plombées à cause de mon entêtement!»

«Petit merdeux»

Il y a un côté risqué à confier le quatrième pouvoir aux mains d’Alain Rebetez et c’est tant mieux. «Il est agaçant, mais il n’est pas malhonnête», nous dit de lui Pascal Couchepin qui, lorsqu’il était conseiller fédéral, avait traité le journaliste de «petit merdeux». Le grand Valaisan l’avait un jour averti: «Vous êtes comme ces gamins qui jouent avec des flingues, vous ne vous rendez pas compte du pouvoir que vous avez.» Alain Rebetez avait trouvé cela méprisant à l’époque. «Avec du recul, je me rends compte qu’il avait raison. On sous-estime la responsabilité qu’on a». A manier l’humour comme une arme, le chroniqueur parvient parfois à faire tomber les masques.

En archives: Alain Rebetez témoigne du suicide de son père


Profil

1961: Naissance.

1982: Commence à travailler à la «Feuille d’avis de Neuchâtel».

1998: Arrivée à la RTS à Berne.

2005: Cofonde le Bondy Blog pour «L’Hebdo» et retourne à la RTS.

2016: «L’instant politique» suit la chronique «Journal de campagne».

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a