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Deux votes difficiles attendent Alain Ribaux le 24 septembre.
© Jean-Christophe Bott / Keystone

Votations neuchâteloises

Alain Ribaux: «La justice doit être mieux sécurisée»

Trois objets sont à l’ordre du jour du scrutin cantonal du 24 septembre. La construction d’un nouvel hôtel judiciaire à La Chaux-de-Fonds est contestée par un référendum

«Un canton, un espace». Ce leitmotiv du programme de législature 2014-2017 du Conseil d’Etat neuchâtelois a été mis à mal par l’échec de la réforme hospitalière. Le triple scrutin du 24 septembre s’inscrit dans la même perspective.

Le peuple sera appelé à voter sur la création d’une circonscription électorale unique accompagnée de la réduction du nombre de députés au Grand Conseil de 115 à 100, sur un crédit de 48,5 millions pour la construction d’un Nouvel Hôtel judiciaire (NHOJ) centralisé à La Chaux-de-Fonds ainsi que sur le report de l’harmonisation de l’impôt sur les frontaliers, qui concerne la répartition des recettes entre les grandes communes industrielles frontalières et les autres.

Ces deux derniers projets sont combattus par des référendums lancés dans le Bas du canton. Le conseiller d’Etat Alain Ribaux, en charge de la Justice et de la Sécurité, est à la manœuvre pour le NHOJ et la réforme institutionnelle.

Le Temps: Le canton de Neuchâtel a-t-il les moyens d’investir près de 50 millions dans un nouvel hôtel judiciaire?

Alain Ribaux: Situé à côté de la gare de La Chaux-de-Fonds, ce bâtiment centralisé et sécurisé vaut ce montant. Il réunira sous un même toit le Tribunal d’instance et le Ministère public, qui auront deux entrées et deux adresses distinctes.

Il permettra d’économiser les locations chères que nous payons pour des locaux vétustes, inadaptés, mal insonorisés, mal sécurisés et gourmands en énergie sur les sites actuels, au nombre de huit. La situation actuelle n’est pas satisfaisante. En cas de non le 24 septembre, il faudrait rénover ces sites, cela aurait aussi un coût et les 3 millions déjà engagés dans des études seraient des pertes sèches.

- Vous évoquez la sécurité. Quels avantages le NHOJ apporte-t-il?

- De plus en plus de gens surréagissent émotionnellement à la suite de décisions judiciaires. J’ai moi-même été menacé lorsque j’étais juge. J’ai eu droit une fois au dépôt d’un tas de fumier avec une pancarte disant espérer que ça aiderait le juge Ribaux à prendre les bonnes décisions. Il arrive parfois qu’il faille sécuriser un quartier tout entier autour d’un tribunal. Avec le NHOJ, ce ne sera plus nécessaire. Les fourgons cellulaires pourront entrer directement dans le bâtiment.

- Cette centralisation supprime la justice de proximité. Est-ce justifié?

- Je ne comprends pas les avocats qui refusent de faire un déplacement de 18 minutes pour se rendre de Neuchâtel au NHOJ.

- Et les justiciables?

- Un citoyen se présente devant la justice moins d’une fois dans sa vie en moyenne. Et les gens sont plus mobiles. On a aujourd’hui une autre appréciation de la distance.

- La réforme hospitalière faisait aussi partie des réflexions du Conseil d’Etat sur la répartition spatiale. Après la décision de maintenir un hôpital complet à La Chaux-de-Fonds, la construction du NHOJ est-elle encore pertinente?

- J’espère que les électeurs ne se laisseront pas influencer négativement par la décision de maintenir deux hôpitaux. Il est vrai que ce vote reste en travers de la gorge de certains citoyens. Mais il faut rappeler que l’on se rend plus souvent dans un hôpital que dans un tribunal. Le contexte n’est pas le même.

Lire aussi: Le grounding d’Hôpital neuchâtelois

- En 2011, vous étiez député au Grand Conseil et aviez déclaré que vous étiez «convaincu» qu’un hôtel judiciaire unique était une «très mauvaise idée». Comment justifiez-vous ce virage à 180 degrés?

- A l’époque, on ne se prononçait pas sur un projet précis et le thème de la sécurité n’était pas d’actualité. Aujourd’hui, on voit en quoi il consiste concrètement et il est bien meilleur que ce qu’on imaginait alors. Je suis complètement convaincu que c’est un bon projet.

- Quels avantages la circonscription unique apporte-t-elle aux citoyens?

- Aucun. Seul le mode d’élection du Grand Conseil changera. Cette réforme s’inscrit dans l’esprit de rassemblement que le Conseil d’Etat veut insuffler. C’est la mise à jour d’un logiciel. Les districts n’ont plus aucune signification. Ils disparaissent et les électeurs choisiront leurs députés sur des listes comprenant des candidats de tout le canton.

- Ne prenez-vous pas le risque que certaines régions aient trop de députés par rapport aux autres?

- Nous avons prévu un garde-fou. Il dit que chacune des quatre régions – Littoral, Val-de-Travers, Val-de-Ruz, Montagnes – doit être au moins représentée à hauteur de 50% de son poids démographique.

- N’y a-t-il pas une perte de proximité? Les électeurs ne seront-ils pas appelés à élire encore plus de gens qu’ils ne connaissent pas?

- Le problème existe déjà avec les districts. Mais les gens sont plus mobiles et connaissent parfois plus de gens là où ils travaillent que là où ils sont domiciliés.

- Quel est l’avantage de cette réforme pour l’Etat? Des économies?

- L’économie vient de la diminution du nombre de députés et je pense que ce sont les moins actifs qui seront concernés. Il y a aussi l’abaissement du quorum de 10% à 3%, une mesure demandée depuis longtemps.

- Si ces projets échouent comme la réforme hospitalière, la crédibilité du Conseil d’Etat ne sera-t-elle pas entachée?

- Le Conseil d’Etat a été réélu confortablement ce printemps. Il est en droit d’espérer que le peuple soutienne ses grands projets porteurs pour l’avenir du canton. En cas de non, nous devrions enclencher d’autres réflexions pour notre nouveau programme de législature.


Concentration remise en question

Un comité référendaire conteste la construction du Nouvel Hôtel judiciaire (NHOJ), pourtant approuvée par 91 voix contre 18 au Grand Conseil. Il est composé de représentants du PLR, de l’UDC et du PS. L’avocat socialiste Michel Bise est l’un des meneurs de ce comité.

«Il n’y a aucune raison de centraliser la justice. On ne réalise aucune économie d’échelle, contrairement aux hôpitaux, lourds en infrastructures. Par ailleurs, le coût est intolérable vu l’état des finances du canton, qui est catastrophique», argumente-t-il.

Centralisation et cohabitation

L’échec de la réforme hospitalière s’invite dans le débat. «Comment peut-on se battre pour maintenir deux hôpitaux complets à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds et tenir un discours de centralisation pour la justice de première instance?», enchaîne-t-il en affirmant que le Conseil d’Etat exagère l’état des lieux qu’il dresse des tribunaux régionaux actuels. «Il fait du misérabilisme choquant. On peut rénover les locaux existants pour moins cher que le NHOJ», prétend-il.

Alain Ribaux fustige les avocats du Bas du canton qui refusent de faire un trajet de 18 minutes pour se rendre au futur hôtel judiciaire. Réplique de Michel Bise: «Cet argument n’est pas sérieux. C’est la centralisation et la cohabitation entre le tribunal d’instance et le Ministère public qui nous gênent. Dans le Jura, le Parlement a voté une motion qui demande de rapprocher le Ministère public de la police, car ce sont les procureurs qui mènent désormais les instructions. La majorité des juges neuchâtelois sont contre cette concentration, mais n’osent pas le dire.»

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