Présidence

Albert Rösti succédera à Toni Brunner à la tête de l'UDC

Surprise: l'agriculteur saint-gallois a annoncé sa démission pour le mois d'avril. La succession semble déjà réglée. Les vice-présidences romandes seront également discutées, et Christoph Blocher quitte la direction du parti

Toni Brunner crée la surprise en annonçant en ce début d'année 2016 qu'il se retirera de la présidence de l'UDC suisse ce printemps. Il a fait cette annonce samedi lors de la traditionnelle réunion des cadres du parti, qui se déroule chaque début de janvier à Bad Horn, au bord du lac de Constance.

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Sa succession semble déjà réglée. La direction du parti proposera à l'assemblée des délégués du 23 avril à Langenthal d'élire le conseiller national bernois Albert Rösti comme nouveau président du parti. Ce ne sera pas le seul changement. Le secrétaire général Martin Baltisser, en place depuis 2009, se retire également pour partir ans le secteur privé. De même que Christoph Blocher, qui quitte la direction du parti.

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L'UDC en profitera pour revoir sa structure de direction. La question de la vice-présidence romande fera partie des réflexions. Oskar Freysinger a quitté le Conseil national pour se consacrer à son activité de conseiller d'Etat en Valais. Et Claude-Alain Voiblet, également vice-président, ne siège pas au parlement, ce qui est un handicap. Le nom de la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz, très active durant la campagne qui a conduit à l'élection de Guy Parmelin au Conseil fédéral, est évoqué à Berne.

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Très populaire au sein de l'UDC, Toni Brunner se retire cependant avec un bilan en demi-teinte. Elu à la présidence en 2008 à la place d'Ueli Maurer, il lui aura fallu s'y prendre à deux fois pour réussir à placer un second UDC au Conseil fédéral. Le magistral couac de 2011, lorsque le trio dirigeant de l'UDC qu'on surnommait alors les «trois B» – pour Blocher, Brunner et Baader, ce dernier étant alors chef du groupe parlementaire – s'est pris les pieds dans le tapis avec la candidature du Zurichois Bruno Zuppiger.

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Cette candidature ayant explosé en vol pour une sombre affaire d'héritage, l'UDC s'est alors rabattue sur le président des paysans suisses Hansjörg Walter et sur Jean-François Rime pour tenter de ravir le siège d'Eveline Widmer-Schlumpf. Mais la Grisonne fut très confortablement réélue. Les élections fédérales de 2011, les premières que Toni Brunner conduisit comme chef du parti, ne furent pas non plus un succès: en constante progression depuis 1991, l'UDC recula de 28,9% à 26,6%.

Mais la législature 2011-2015 fut nettement meilleure pour le parti. En octobre dernier, l'UDC obtint le résultat historique de 29,4%, un niveau jamais atteint par aucun parti depuis l'introduction du système proportionnel en 1919. S'ajoutent à cela le succès de l'initiative populaire contre l'immigration de masse, qui a provoqué dans le monde politique et économique suisse une onde de choc qui n'est pas près de s'apaiser.

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 A 41 ans, Toni Brunner veut se consacrer à son mandat de conseiller national et à son domaine agricole du Toggenburg saint-gallois. L'UDC souligne qu'il vient de faire son entrée dans une seconde commission parlementaire importante, celle de la sécurité sociale et de la santé publique, qui aura la délicate mission de réformer la prévoyance vieillesse. Toni Brunner siège déjà à celle de l'environnement et de l'énergie, qui a elle aussi de lourds dossiers sur son bureau.

Son successeur sera Albert Rösti. Le Bernois siège au Conseil national depuis 2011. Il n'est certes pas encore élu, mais ceux qui connaissent le fonctionnement interne de l'UDC doutent qu'un outsider parvienne à concurrencer celui que la direction du parti présente comme son favori. Agé de 48 ans, marié et père de deux enfants, Albert Rösti est le président de la commune d'Uetendorf, près de Thoune.

Il parle français

Il est président de Swissoil depuis 2015 et a dirigé la Fédération suisse des producteurs de lait de 2007 à 2013, un mandat qui s'est terminé dans la douleur. Albert Rösti avait fait les frais du «blocage stratégique» qui paralysait alors le comité central, dont les propositions étaient régulièrement remises en question par les organisations membres.

Sur le plan politique, Albert Rösti avait déposé sa candidature pour accéder au Conseil fédéral, avant de la retirer. Ses chances étaient en effet nulles, car il y a déjà deux Bernois au Conseil fédéral. Contrairement à Toni Brunner, Albert Rösti parle correctement le français.

Les réactions
(recueillies par l'ATS)

L'Agence télégraphique suisse rapporte que le président du PDC, Christophe Darbellay, n'est pas surpris que l'UDC propose Albert Rösti pour succéder à Toni Brunner, a-t-il déclaré à l'ATS. En revanche, il est étonné que la formation ait déjà un candidat, ce n'est pas démocratique, estime-t-il. On entend d'ailleurs le même son de cloche à gauche:

C'est une stratégie risquée, concède le politologue Georg Lutz. La direction met l'ensemble du parti devant le fait accompli. Cette politique fait ses preuves tant que les membres se montrent unis derrière les idées de leur formation.

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Toujours selon Christophe Darbellay, Albert Rösti devrait toutefois se montrer un peu plus consensuel que Toni Brunner. Il est moins proche du vice-président Christoph Blocher, tout en défendant les milieux agricoles, dont il émane, ainsi que l'aile dure, analyse-t-il. «C'est un bon compromis entre les deux tendances du parti», un défenseur de l'aile dure avec des rondeurs bernoises, résume le Valaisan, qui a lui aussi décidé de se retirer de la présidence de son parti.

Des changements en vue?

Un point de vue que l'expert de l'Université de Lausanne ne partage pas: selon lui, Christoph Blocher continue de marquer l'UDC de son empreinte. Au sein du parti, rien ne se déroule sans son aval, dit-il.

De manière globale, le départ de Toni Brunner ne devrait pas non plus apporter d'importants changements pour la section bernoise du parti. Elle ne devrait pas gagner en influence, pronostique-t-il. A ses yeux, ce genre de bataille n'est plus d'actualité, du moins du côté des élus UDC bernois. Leurs positions sont proches des Zurichois. De plus, le profil d'Albert Rösti a changé au cours des dernières années. De candidat modéré au gouvernement bernois en 2010, il s'est transformé en politicien qui défend le programme de l'UDC à 100%.

L'avis du PLR

Le président du PLR, Philipp Müller, également sur le départ, n'a lui pas souhaité commenter. L'Argovien se dit certes surpris par l'annonce du retrait de Toni Brunner, mais il ne formule pas d'attentes envers la future nouvelle présidence. «Ce n'est pas à moi d'en avoir», dit-il. Il n'a pas non plus voulu se prononcer sur le fait que la formation propose déjà un nouveau chef: «Il appartient à l'UDC de savoir comment régler la succession», conclut-il.

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