Dans la nuit noire devant la Tour de l’horloge à Berne, il apostrophe les passants : « Vous avez déjà voté pour l’élection à la mairie » ? A quelques jours de l’échéance du 27 novembre, le Vert Alec von Graffenried tente de convaincre ceux qui ne se sont pas déjà prononcés par correspondance. Planté à côté du vélo électrique avec lequel il sillonne la ville, il avoue que dans cette froideur hivernale, il s’agit pour lui de mobiliser les gens plutôt que de se lancer avec eux dans de grands débats idéologiques. Et c’est bien parti. Un sondage réalisé pour le quotidien « Der Bund » le donne en tête devant la grande favorite, Ursula Wyss.

A Berne, l’issue des élections est connue d’avance. Le camp « rouge-vert-centre (« RGM » en allemand) s’apprête à les remporter haut la main. La seule question qui se pose est de savoir si ce bloc dépassera où non les 60 %, seuil qui lui permettrait d’envisager de rafler quatre des cinq sièges de l’exécutif, au lieu de trois aujourd’hui. Ce n’est pas exclu, tant la droite est partie divisée dans cette campagne.

Pour la mairie en revanche, le combat sera plus acharné. Voici un an encore, tout paraissait réglé comme du papier à musique dans la capitale fédérale. Ursula Wyss (43 ans), ex-cheffe du groupe socialiste au Palais fédéral et responsable des Travaux publics de la ville depuis quatre ans, était prédestinée pour succéder au populaire Alexander Tschäppät. C’est alors qu’a surgi le trouble-fête, un certain Alec von Graffenried.

Voilà l’un des derniers descendants d’une grande famille patricienne, bourgeoise de Berne depuis pas moins de sept siècles. Ses membres ont occupé toutes les charges les plus importantes dans l’histoire de la commune en tant que maires, grands argentiers ou bannerets.

Malgré la particule du nom, aucune arrogance pourtant chez ce Vert pragmatique, aujourd’hui cadre au sein de l’entreprise de construction Losinger Marazzi, celle qui a construit un Stade de Suisse couvert de panneaux solaires. Après une formation de juriste, il exerce le métier d’avocat et se lance en politique. Il est d’abord élu préfet du district, avant d’entrer au Conseil national en 2007. Deux législatures plus tard, il annonce son retrait de la politique pour devenir la caution verte – en tant que responsable du développement durable - de son employeur actuel, avant d’accéder au poste de directeur du développement immobilier.

Donner un choix 

Mais la politique le rattrape vite. Inquiets que le bloc rose-vert sombre dans une politique de clientélisme, de nombreuses personnes le contactent : « Tous m’ont dit qu’ils ne voyaient que moi pour donner un vrai choix à la population », raconte Alec von Graffenried.

A gauche, au PS notamment, on se méfie de ce Vert un peu trop libéral qui au niveau national n’a pas soutenu des initiatives comme celle pour un salaire minimal de 4’000 francs. Alec von Graffenried tente de rassurer cet électorat. « Je partage à 100 % les objectifs du bloc RGM sur les enjeux locaux comme le développement de la ville, la gestion du trafic, la promotion des énergies douces ou le soutien à la culture », souligne-t-il.

En revanche, pas question pour lui de tomber dans le dogmatisme. « Je suis un social libéral. Il est vrai que je ne veux pas dépasser le capitalisme », précise-t-il encore. Lorsqu’on l’interroge sur la quotité d’impôt, il ne le cache pas : « Je suis plutôt en faveur d’une baisse ». Selon lui, la hausse de la population de la ville – passée de 125’000 à 140’000 – a eu des effets positifs sur les finances, ce qui a permis d’assainir la caisse de pension.

Le plongeon dans l'Aar 

On le voit : Alec von Graffenried se pose en rassembleur et en bâtisseur de ponts. Bien sûr que la base de l’UDC, qui présente trois candidats dont le fougueux Erich Hess, ne votera pas pour lui. Il a pourtant le potentiel pour séduire un électorat de centre-droit. « Pour une partie du bloc bourgeois, son élection représenterait déjà un demi-changement par rapport à la situation actuelle », a ainsi déclaré le politologue Daniel Bochsler à la Berner Zeitung.

A l’atout femme joué à fond par Ursula Wyss, l’outsider répond par l’atout bernois. Il joue sur le nom de sa famille, sur un slogan en dialecte et sur une coutume qui distingue le vrai Bernois de celui qui vient de l’extérieur : il se baigne dans l’Aar bien sûr. Mieux encore : il y plonge à toute période de l’année. Ainsi, au matin de l’élection, il participera à la traditionnelle course du Marché aux oignons !