Gouvernement

Les Alémaniques découvrent le nouveau conseiller fédéral

Les observateurs en Suisse allemande de la scène politique ne l'avaient pas vu venir, mais ils ont été plus prompts à décrypter son ascension vers la victoire

La Suisse allemande découvre le nom, le style, les manières et le profil politique d'un politicien inconnu pour elle jusqu'ici, qui donne l'impression d'être devenu conseiller fédéral du jour au lendemain. Guy Parmelin était parlementaire depuis 12 ans. Mais avant d'atteindre le sommet du pouvoir, c'est à peine si les Alémaniques avaient remarqué qu'il siégeait à Berne. 

Au moment où l'UDC vaudoise présente son candidat lors d'une conférence de presse à Montreux le 31 octobre, on ne lui donne aucune chance. «On s’est dit qu’il ne fallait pas en faire trop: Guy Parmelin conseiller fédéral, tu oublies! C’était surtout parce qu’on n’imaginait pas un troisième romand au gouvernement», explique Markus Häfliger, chef du bureau bernois de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ).

Le journaliste couvre la politique fédérale depuis 14 ans. Il avait parlé deux ou trois fois avec le Vaudois. «Du côté de l’UDC romande, c’était l’un de ceux que l’on percevait comme le plus capable. Mais il n’était clairement pas incontournable. Il n’a jamais été un poids lourd», poursuit-il.

Lorsque Markus Häfliger rencontre Guy Parmelin pour une interview avant l'élection, il est «surpris en bien», dit-il dans une expression aux sonorités vaudoises. «Il tenait des propos clairs et on sent qu’il connaît ses dossiers. Il m’a surpris une deuxième fois après son élection: il a immédiatement endossé son costume de conseiller fédéral. Quant à ses connaissances de la langue, soyons honnête, Eveline Widmer-Schlumpf, par exemple, à ses débuts ne maîtrisait pas mieux le français. Son problème est surtout sa méconnaissance de l’anglais».

Les plus fins observateurs alémaniques de la scène politique ne l'avaient pas vu venir, mais ils ont été plus prompts à décrypter son ascension et à l'annoncer favori dans la dernière ligne droite. Les médias d'outre-Sarine ont commencé à le voir en position de force peu après que son nom soit apparu sur le ticket officiel du parti. Et, alors que les Romands imaginaient encore Thomas Aeschi gagner l'élection, ou doutaient encore du résultat, les Alémaniques, eux, étaient déjà convaincus que le Vaudois l'emporterait. 

Le politologue zurichois Louis Perron a une explication de cet écart de perception: «Le troisième Romand a sans doute été porté au Conseil fédéral par une bonne partie des Alémaniques». Au lendemain de son élection, la presse d'outre-Sarine souligne que l'homme avait été sous-estimé. «De l'homme alibi au conseiller fédéral», titre jeudi la NZZ. De candidat alibi à vainqueur», dit le Tages-Anzeiger.

Le nouveau conseiller fédéral est décrit comme un homme sympathique, modeste, conciliant. «Guy Parmelin ne sera jamais une bête de scène. C'est un Vaudois typique, terre à terre, conciliant, avec une profession typique de Vaudois: vigneron», écrit la NZZ. Alors que Thomas Aeschi incarne la nouvelle vague, intellectuelle, urbaine de l'UDC, le Vaudois rassure la gauche qui voit en lui un moindre mal. «Encore une fois, la vieille garde UDC l'a emporté sur la nouvelle», juge Markus Häfliger.

Mais les médias d'outre-Sarine remarquent surtout l'élection ratée de l'Alémanique Thomas Aeschi, qui a offert un boulevard au Romand. C'est un «Nicht-Wahl», écrivait le Blick mercredi, autrement dit une «non-élection de Thomas Aeschi. «Ce qui a été déterminant pour le vote ne sont pas les compétences (de Guy Parmelin), mais les défauts de ses adversaires», relève le Tages-Anzeiger.

Les Alémaniques auraient pu s'inquiéter de voir les Romands sur-représentés à Berne. Il n'en est rien. «Je n'entends personne s'en plaindre, souligne Louis Perron. Dans cette période polarisée, l'orientation politique compte plus que l'origine». L'inquiétude concerne davantage la non-représentation des Tessinois et de la Suisse centrale. 

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