Fin 2006, Patrick Aebischer n’avait pas bonne presse dans les médias alémaniques. Relayés notamment par la NZZ am Sonntag, les professeurs de l’EPFZ faisaient part de leurs craintes de voir leur institution privée de crédits au profit de la petite EPFL. Un document confidentiel suggérait l’image d’une EPFL volant de succès en succès tandis que l’EPFZ faisait du surplace.

Le moment pour la polémique n’était pas fortuit, puisque le Conseil fédéral mettait la dernière main au message qui constitue le plan quadriennal 2008-2011 pour les institutions du domaine des Ecoles polytechniques, qui fixe notamment les grandes lignes de l’attribution des subventions fédérales pour la recherche.

Les professeurs de l’ETHZ, qui venaient de contraindre leur président d’alors, Ernst Hafen, à la démission, profitaient aussi de renforcer leur position. Un nouveau président à la Patrick Aebischer, qui a réduit l’influence des mandarins dans son école, avait tout pour les hérisser.

Trois ans plus tard, toutes les ­animosités zurichoises envers l’homme et le style Aebischer semblent oubliées. L’arrivée de Ralph Eichler à la présidence de l’ETHZ y a grandement contribué. L’ancien directeur du Paul-Scherrer-Institut a su rassurer. Il reconnaît toujours, le sourire aux lèvres, que les deux «Polys» sont en concurrence pour l’attribution des crédits, mais que c’est une saine émulation.

Président de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national, Lieni Füglistaller (UDC/AG) parle aussi d’une «concurrence amicale». «Il est bon qu’il y ait de la concurrence entre les deux écoles, cela fait avancer tout le monde. Patrick Aebischer a un autre style que Ralph Eichler, mais il est important que chacune des Ecoles soigne ses particularités. J’ai pu constater moi-même que les rapports entre les deux Ecoles sont bons. L’EPFL est toujours bien représentée lors des manifestations officielles à Zurich.»

La conseillère nationale (rad./ZH) Doris Fiala se montre admirative pour les qualités de marketing dont fait preuve Patrick Aebischer, qui «vend l’EPFL de manière attractive». Autre Zurichois, le Vert Bastien Girod, qui fait actuellement son doctorat à l’EPFZ, loue l’engagement du président de l’EPFL dans le comité de patronage de la toute jeune association Swiss Cleantech, visant à faire de l’économie suisse une pionnière internationale dans le secteur environnemental. «Il est bon qu’il ait l’ambition de bien positionner la recherche pour les technologies environnementales et qu’il soutienne surtout le passage de la technologie à la réalité.»

Même la Weltwoche , toujours prête à être iconoclaste, n’est pas arrivée à faire vaciller Patrick Aebischer sur son socle. Dans un article de la fin de l’année dernière, elle n’a enregistré que quelques moues dédaigneuses de Zurichois qui n’ont pas voulu être cités face au style lémanique. Etait-il bien nécessaire par exemple de faire cadeau d’un docteur honoris causa à Al Gore? Ou d’engager Pascal Couchepin comme enseignant? Et ce campus offshore, à Ras al-Khaimah, n’est-il pas bâti dans tous les sens du terme sur du sable? A peine quelques piqûres d’épingle.