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Sur le plateau de l'émission Arena, le 3 novembre 2017.
© ENNIO LEANZA/KEYSTONE

«No Billag»

Les Alémaniques ravalent leur désamour face à leur TV

La montée du non à «No Billag» outre-Sarine ne traduit pas une soudaine indulgence des citoyens alémaniques à l’égard de la SSR, mais sans doute une nouvelle compréhension de la question posée le 4 mars

Disparu, le Röstigraben. Dans le dernier sondage scrutant les intentions de vote des Suisses sur l’initiative «No Billag», l’écart entre Romands et Alémaniques s’est complètement résorbé. Une constatation surprenante, tant cet objet a le potentiel de créer un fossé entre régions linguistiques. Les Alémaniques paient 73% de la redevance, mais la SRF n’en perçoit que 43%. Les Romands, eux, contribuent à hauteur de 23%, tandis que la RTS capte 33% du total. Ils ont davantage à perdre que leurs voisins à supprimer la redevance, on pourrait donc s’attendre à un écart plus important.

Notre dossier: La controverse «No Billag»

D’autant plus qu’outre-Sarine, le débat a pris au fil des semaines une tonalité beaucoup plus agressive. Mais il s’est aussi déplacé, observe le politologue Michael Hermann, de l’institut de recherche Sotomo, à Zurich: la question porte désormais davantage sur le maintien d’une institution suisse face au marché étranger. Les sentiments à l’égard de la SSR sont passés au second plan. Malgré la tendance plus étatiste attribuée à la Suisse romande, «lorsqu’il s’agit de service public, d’Etat de droit et d’identification avec une institution de la Confédération, Romands et Alémaniques ne sont pas si différents, dit le politologue. L’idée de voir privatiser des services comme La Poste ou les CFF, par exemple, suscite tout autant de réticences.»

La presse de droite plus forte

La campagne a toutefois révélé un mécontentement bien plus affirmé côté alémanique vis-à-vis de la radio-TV, objet d’affrontements virulents entre élites de gauche et forces de la droite nationale-conservatrice. Depuis le début des années 70 au moins et la création du Club Hofer – qui réunissait les détracteurs de la SSR sous la houlette du conseiller national bernois Walther Hofer –, les milieux bourgeois d’outre-Sarine reprochent aux journalistes de la SSR leur «mainstream de gauche».

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«Le débat sur «No Billag» en Suisse alémanique est marqué par la présence d’une presse de droite conservatrice beaucoup plus forte», souligne encore Michael Hermann. Dernier exemple en date, dans la Basler Zeitung de ce mercredi, un article décrit par le menu une journée entière de consommation de radio et TV, sur un ton sarcastique: «C’était un calvaire. La SRF est un immense ballon gonflé. Soit on le fait exploser avec «No Billag», soit on lui retire de l’air», écrit le journaliste, après avoir zappé entre la SRF et la RTS. Avec une nette préférence pour cette dernière, dont il salue telle émission «très informative», telle interview incisive avec un politicien ou l’émission Histoire vivante, qui «vaut le coup».

Les dirigeants de la SRF ont mis du temps à abandonner leur arrogance

Matthias Aebischer, conseiller national (PS/BE)

Début février, le débat qu’Arena, l’émission politique phare de la SRF, a consacré à «No Billag» a viré à l’aigre entre l’un des initiants, Olivier Kessler, et le modérateur Jonas Projer, accusé d’être partial. Sur Twitter, la discussion s’est envenimée, au point que le journaliste s’est vu menacé de mort. Mais l’agressivité anti-médias sur les réseaux sociaux ne reflète pas l’opinion publique, estime Mark Eisenegger, spécialiste des médias à l’Université de Zurich: «Comme ils paient la redevance, les citoyens se sentent légitimés à critiquer la SSR. Il n’empêche que dans les régions rurales, ou auprès des personnes plus âgées, l’attachement à cette institution demeure fort.»

Deux cultures médiatiques

La montée du non à «No Billag» ne traduit pas une soudaine indulgence des citoyens alémaniques à l’égard de la SSR, mais sans doute une nouvelle compréhension de la question posée le 4 mars. «On se rend compte qu’il ne s’agit pas de dire si on aime ou non la SSR, mais plutôt de décider si elle doit continuer à exister», observe Matthias Aebischer. Aux yeux du conseiller national socialiste bernois, anciens journalistes à la SRF, s’ils pouvaient cocher une troisième case «non à la suppression de la redevance, mais à condition que la SSR se réforme», les Alémaniques n’hésiteraient pas à opter pour cette solution.

Lire aussi: En Europe et au-delà, des radios-TV publiques en crise

Invité sur les plateaux romands et alémaniques, Matthias Aebischer observe lui aussi la coexistence de deux cultures médiatiques. La RTS engrange selon lui un capital sympathie plus élevé avec «davantage de spontanéité, une plus grande ouverture au débat, une implication plus grande de la population sur les ondes et un vrai sens du service public». Côté alémanique, toutefois, ce n’est à ses yeux pas tant le contenu des émissions que le style de management qui dérange: «Les dirigeants de la SRF ont mis du temps à abandonner leur arrogance. Et certains semblent encore enfermés dans leur tour d'ivoire.»

Dossier
La controverse «No Billag»

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