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Ces Alémaniques qui s'engagent pour sauver Sion 2026

Ils sont beaucoup plus discrets que le charismatique Adolf Ogi à l’époque. Mais Hans Stöckli et Jürg Stahl n’en effectuent pas moins un travail efficace à l’extérieur du Valais

Quel contraste! Voici une vingtaine d’années, le fougueux Adolf Ogi avait incarné presque à lui seul la candidature de Sion 2006 sur les plans national et international. Deux décennies plus tard, ce rôle est dévolu à deux Alémaniques beaucoup plus discrets et moins populaires: Jürg Stahl et Hans Stöckli, respectivement président et vice-président de l’Association pour une candidature olympique suisse. S’ils n’ont pas le charisme du légendaire conseiller fédéral de Kandersteg, il faut leur reconnaître un mérite. Jusqu’ici, ils se sont engagés avec conviction, mais sans excès: ils ne sont impliqués dans aucun des couacs de la campagne.

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Il y a eu les dérapages du président du FC Sion Christian Constantin, l’action pas vraiment écologique du champion Pirmin Zurbriggen héliporté sur le Cervin pour «raviver la flamme», puis, cette semaine, la fermeture inopinée des installations de Crans-Montana. «Dans cette campagne, il y a des idées bonnes – comme la magnifique chaîne humaine qui a relié les châteaux de Valère et de Tourbillon à Sion – et d’autres moins bonnes», reconnaît Hans Stöckli. «A Crans-Montana, c’est différent: il faudra s’assurer que la main publique maîtrise le fonctionnement des installations.»

«Pour un projet durable»

Agé de 66 ans désormais, l’ex-maire de Bienne et conseiller aux Etats bernois n’avait jamais envisagé de s’engager en faveur d’une candidature olympique, qui est le fruit d’un concours de circonstances. Connu pour sa passion des expositions nationales, il s’était beaucoup engagé dans l’organisation d’Expo.02 au bord des trois lacs de Bienne, Neuchâtel et Morat en 2002. C’est en tablant sur cette expérience que le directeur de la dernière Fête fédérale de gymnastique, Fränk Hofer, l’a sollicité au printemps 2016 pour présenter une candidature bernoise pour les JO d’hiver de 2026. Ce dernier, qui dirige une plateforme de conseil dans le développement durable, tenait à un événement ayant des retombées sur vingt ans. «C’était un grand projet suisse comme Expo.02, mais cette fois d’ampleur internationale avec un fort accent porté sur la durabilité, raison pour laquelle j’ai décidé d’y participer», raconte Hans Stöckli.

En Suisse, nous allons réaliser des JO d’une nouvelle ère, plus décentralisés peut-être, mais sur des installations existantes dans un décor alpin d’une fantastique beauté

Hans Stöckli

Ce d’autant plus que le sénateur est d’une part un sportif qui a déjà terminé à huit reprises la course des 100 km de Bienne et d’autre part aussi un Valaisan d’adoption dans la mesure où il se ressource souvent dans son appartement de vacances à Saas Fee. Il est désormais le numéro 2 d’une association pilotée par le président de Swiss Olympic, Jürg Stahl, mais dont il préside le bureau exécutif. C’est à ces titres qu’il s’est rendu à Pyeongchang du 8 au 11 février dernier à l’invitation du CIO.

Ce qu’il y a vu l’a conforté dans son engagement: des Jeux hors sol, souvent coupés de la population, dans un décor peu enneigé. «C’était probablement la dernière ou l’avant-dernière édition des Jeux du gigantisme. En Suisse, nous allons réaliser des JO d’une nouvelle ère, plus décentralisés peut-être, mais sur des installations existantes dans un décor alpin d’une fantastique beauté», promet-il. Les personnalités rencontrées, du prince de Monaco Albert II au président allemand Frank-Walter Steinmeier, en passant par de nombreux experts du sport, l’ont d’ailleurs encouragé à poursuivre dans cette voie. «Unanimement, tous ces spécialistes ont accordé de très bonnes chances à la candidature suisse», confie-t-il.

Un héritage de 100 millions

Hans Stöckli préside aussi le comité qui doit laisser un héritage après les Jeux. «C’est pour moi la raison d’être de ces Jeux, leur plus-value», insiste-t-il. L’association qui porte la candidature compte y consacrer 100 millions de francs sur un budget d’environ 2 milliards, destinés à des projets de développement durable dans les domaines de l’environnement, du tourisme ou encore de l’énergie. L’an dernier, une dizaine d’ateliers ont réuni une centaine de personnes pour lancer la réflexion à ce sujet. Mais l’association, jusqu’à présent peu professionnelle dans la communication, n’a toujours pas informé sur ce volet pourtant crucial de la candidature!

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Reste désormais à convaincre la population, en Valais comme en Suisse. «A raviver la flamme», comme le dit si bien le comité de candidature. En juin 1997, le peuple valaisan avait approuvé «Sion 2006» à une majorité de 67%. Quant aux Suisses, ils plébiscitaient même le projet à 77% dans un sondage, alors qu’ils le repoussent à 59% aujourd’hui. «Peut-être sommes-nous un pays repu avec une tendance à l’égoïsme. Peut-être craignons-nous les déficits d’autres villes ayant organisé les Jeux», suppose le président de Swiss Olympic, Jürg Stahl. Mais ce dernier reste optimiste: «Si c’est oui le 10 juin prochain, nous aurons un atout de plus à faire valoir: la légitimité démocratique.» En Valais du moins!

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