Parcours personnel, objectifs politiques: alors que la bataille pour le Conseil administratif de la ville de Genève s'annonce féroce, «Le Temps» brosse le portrait de cinq candidats durant toute la semaine.

Le premier épisode: Christina Kitsos, l'indignation comme moteur 

L’écologiste déboule sur son vélo, casque et écharpe pour braver le froid, tous deux verts évidemment. Lui, l’enfant d’immigrés galiciens, qui a su tirer profit de l’ascenseur social genevois pour se bâtir une carrière, au CICR d’abord puis dans les administrations publiques. Après avoir parcouru le monde, de la Somalie à l’Iran, Alfonso Gomez, 59 ans, brigue l’exécutif de la ville de Genève. Conseiller municipal depuis 2013, il est directeur adjoint du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre.

Un emploi partiellement mis en pause le temps de la campagne. Pour l’heure, Alfonso Gomez a l’impression de «vivre dans une machine à laver». Hyperactif, il multiplie les rendez-vous, bat le pavé sur les stands le week-end et revient tout juste d’une immersion de vingt-quatre heures chez les pompiers. Président de Pro Velo et membre du comité de l’Asloca, Alfonso connaît du monde. C’est ce mélange d’entregent et d’engagement qui lui a valu une place sur le ticket écologiste au printemps dernier. «C’est un honneur de porter les idées du parti», sourit le candidat, visiblement de bonne humeur. Il faut dire que l’air du temps lui est favorable. «Cette année, les planètes sont alignées pour remporter un deuxième siège», prédit le candidat, persuadé que la poussée verte aux élections fédérales va se confirmer en ville.

«Accélérer la cadence»

«A tout différer, la vie passe»: en baptisant ainsi son blog hébergé par la Tribune de Genève, Alfonso Gomez donne le ton. Il n’a plus le temps, la planète non plus. «L’urgence climatique est une réalité, martèle le candidat écologiste. Alors qu’au niveau fédéral et cantonal les choses avancent lentement, c’est aux villes d’accélérer la cadence en luttant contre toutes les formes de pollution.»

Lorsqu’il s’agit du climat, l’homme se montre coriace, voire extrémiste selon certains. Alors que les Verts sont divisés sur les questions d’aménagement, entre besoin de logements et préservation de l’environnement, Alfonso Gomez fait parfois grincer des dents à l’interne. La pétition qu’il a déposée, demandant un moratoire sur les abattages d’arbres en ville de Genève, en est l’exemple. «Cette fixette sur les arbres devient exaspérante, juge un membre du parti. Les chiffes montrent que les abattages diminuent, mais certains opportunistes surfent sur l’émotion populaire pour tenter de se faire élire.» «Derrière la protection du climat se cache celle des zones villas», estime un autre écologiste, selon qui Alfonso Gomez est passé du «militant d’extrême gauche» au «bourgeois assimilé».

Retrouvez notre page spéciale sur l'enjeu climatique

Ramasseur de fioul

Comment est-il arrivé en politique? Membre du Parti socialiste dans les années 1980, sa conscience écologique l’a petit à petit fait migrer chez les Verts. En 1990, alors qu’il est au Soudan pour le CICR, il est frappé par la quantité de plastique qui s’accumule en plein désert. En 2001, le pétrolier Prestige plonge sur les côtes de Galice et achève de le convaincre. Alfonso Gomez prend un mois de congé pour ramasser le fioul qui souille les plages de son enfance. A son retour, il s’interroge de plus en plus sur la croissance, la production, la consommation.

Après des années à barouder, Alfonso Gomez emménage définitivement à Genève en 2003, rencontre son épouse, la socialiste Virginie Keller, et intègre la section ville des Verts genevois. En 2013, deux ans après Fukushima, il accède au Conseil municipal. Toujours situé à l’aile gauche du parti, il assume aujourd’hui ses «positions radicales» en matière d’environnement. «Entre bruit, pollution et pics de chaleur, la situation à Genève devient inquiétante, déplore Alfonso Gomez. Lors de la dernière canicule, les autorités conseillaient aux personnes âgées d’aller dans les centres commerciaux pour trouver de la fraîcheur. On marche sur la tête.»

«Croissance qualitative au ralenti»

Ses priorités: «dégoudronner» la ville, reverdir les places et créer des îlots de fraîcheur. «Genève a déjà la densité la plus élevée de Suisse, on s’obstine à construire des logements alors qu’il faut au contraire faire une pause.» Sans surprise, Alfonso Gomez combat le projet de logements à Cointrin et soutient la pétition contre la densité aux Vernets. Il dément toutefois toute tendance xénophobe. «Accueillir de nouveaux habitants, oui, mais dans des conditions correctes», argue le partisan d’une «croissance qualitative au ralenti». A ses yeux, l’émotion populaire autour des abattages d’arbres est symptomatique d’un malaise par rapport au développement. «Genève se modifie trop vite, les habitants se sentent dépossédés, ils ne reconnaissent plus leur quartier.»

Toujours à vélo, mais détenteur d’un permis de conduire, Alfonso Gomez veut naturellement augmenter et sécuriser les pistes cyclables continues. Au centre-ville, il entend lutter contre les loyers prohibitifs pour permettre aux PME de s’y installer. Sa recette? Que la ville rachète des surfaces pour pouvoir ensuite décider de ses attributions.

Issu d’un milieu populaire, Alfonso Gomez en fait un argument de campagne. «A l’image de mon grand-père, emprisonné sous Franco, je compte rester fidèle à mes convictions.» Il l’affirme, ce n’est pas à lui que le pouvoir fera tourner la tête. Pour ce faire, il compte s’entourer de gens qui l’aident, sans le caresser dans le sens du poil, et fait vœu de transparence. «Je connais la valeur de l’argent. Si je suis élu, je m’engage à publier l’intégralité de mes notes de frais.»