Tout chez Alfred Heer, 42 ans, renforce l'image d'un homme carré: cheveux coupés à ras, carrure courte et massive enveloppée dans un complet mal ajusté, démarche large. Député au Grand Conseil zurichois, il est depuis le début de l'année le chef du groupe UDC, le plus important du parlement. Avec le débat sur le programme d'assainissement des finances du canton qui s'ouvre aujourd'hui, il joue sur du velours: couper dans les dépenses de l'Etat est une des priorités dans le programme de l'UDC.

Entré en 1994 au parlement de la ville, en 1995 à celui du canton, Alfred Heer s'est illustré notamment par ses interventions contre la distribution contrôlée d'héroïne, contre la prévention du sida dans les milieux de la prostitution homosexuelle, et contre l'attitude trop tolérante de la municipalité zurichoise lorsqu'il s'agit de contenir les débordements de la manifestation du 1er mai. Alfred Heer, un dur, un «hardliner»? Dans un geste qui lui est familier, il se passe d'abord la main sur les yeux, comme pour enlever une poussière gênante, avant de répondre d'une voix où perce l'agacement: «Je défends les positions du parti de manière peut-être plus pointue et conséquente que d'autres, et cela suffit déjà pour me coller l'étiquette de hardliner.»

Lutte contre la bureaucratie

Alfred Heer, entré à l'UDC qui était déjà le parti de son père, a fait du «combat contre la bureaucratie» le moteur de son engagement politique. «Je m'engage pour le citoyen qui doit se lever tous les matins pour aller au travail et qui est plumé par l'Etat, alors que les «citoyens gratuits», étrangers criminels et autres, vivent aux crochets de l'aide sociale.» Pour cet indépendant, vendeur de programmes informatiques, tout est trop compliqué et réglementé. «Vous voulez un exemple? Le numéro gratuit que mon entreprise offre, doit être maintenant enregistré. Pour 9 francs de taxe par année, l'Office fédéral de la communication me facture 42 francs de frais administratifs. C'est le prix de prescriptions étatiques inutiles et du monopole, que ce soit la taxe poubelle ou le deuxième pilier.» Alfred Heer verrait d'un bon œil l'abolition de la prévoyance professionnelle: «Pourquoi imposer une assurance? Les assureurs accumulent des montagnes d'argent, et à la fin, c'est le petit qui est trompé. Chacun devrait pouvoir choisir s'il veut s'assurer, et auprès de qui. Il faut laisser jouer le marché et la concurrence.»

Alfred Heer est un homme de parole: «Il faut baisser les impôts. C'est la promesse que j'ai faite à mes électeurs et je prends ce mandat très au sérieux.» Un but qu'il poursuit aussi bien dans les rangs de l'UDC qu'avec la Ligue des contribuables, l'organisation satellite dont il est membre fondateur et président. Alfred Heer aime à en souligner l'autonomie. Si beaucoup de ses membres sont également affiliés à l'UDC, ce n'est en aucun cas une condition, précise-t-il. «Nous représentons purement et uniquement les intérêts des citoyens, sans égard envers les élus dans les exécutifs.»

L'UDC zurichoise est pour le moment tout aussi radicale avec ses élus: non seulement, elle soumet à rude pression ses deux conseillers d'Etat Rita Fuhrer et Christian Huber parce que le gouvernement zurichois s'engage collectivement contre le paquet fiscal du 16 mai. Mais l'UDC conteste aussi une partie du programme d'assainissement défendu par «son» ministre des Finances Christian Huber, à savoir le volet qui prévoit des rentrées supplémentaires grâce à une hausse d'impôt. Alfred Heer s'en indigne: «C'est une invention du gouvernement à la limite de la légalité. Il faut enfin couper les vivres au Conseil d'Etat pour qu'il soit forcé à économiser.»

Alfred Heer s'identifie sans peine aux petits. «Nous n'étions pas riches à la maison», dit ce Zurichois de la ville qui est l'antithèse du jeune loup urbain. Jusqu'il y a peu, il a toujours vécu dans le Kreis 4, l'arrondissement ouvrier de la ville de Zurich à forte proportion d'étrangers. Sa fille est la seule élève suisse de sa classe. Est-ce la raison du déménagement? Ses yeux très bleus s'arrondissent d'étonnement: «Pas du tout. Pour les enfants, ce n'est jamais un problème. Ils n'ont pas de point de comparaison. Et puis, les enseignants se donnent beaucoup de peine. La Ville investit beaucoup: ces classes sont presque meilleures que celles où la proportion de Suisses est plus élevée. Pour ma fille, c'est bien. Mais pas pour les contribuables.»