Alfred Strohmeier est recteur de l'Université de Neuchâtel depuis le 1er octobre. Une nomination originale, puisque le nouveau chef, qui a enseigné à Neuchâtel de 1972 à 1982, vient de l'EPFL. La petite université se cherche un nouveau souffle après avoir tenté, sous l'impulsion du conseiller d'Etat Thierry Béguin, de transférer ses sciences économiques aux HEC de Lausanne. Aperçu programmatique.

Le Temps: Comment comptez-vous relancer l'institution après l'échec du transfert?

Alfred Strohmeier: D'abord, je dois dire que je suis très content qu'il n'ait pas eu lieu. Lâcher 500 étudiants n'était pas une bonne option, à moins que l'on ait une bonne alternative, que je n'ai jamais vue. En outre, ces disciplines offrent des débouchés relativement facilement.

– Que ferez-vous des sciences économiques?

– Nous dispenserons un bachelor qui sera équivalent à celui de Lausanne. Nous négocions avec les HEC Lausanne pour que l'offre soit coordonnée au niveau du master: nous envisageons un master en gestion du personnel, que nous pouvons bien associer avec la psychologie du travail enseignée à Neuchâtel, un autre en gestion des PME actives au plan international, et un en analyse financière. En outre, nous voulons développer un master en politique économique, sur la gestion des collectivités publiques, bilingue, réalisé avec l'Université de Berne, pour lequel les étudiants passeront un an dans chaque école.

– Et à propos des sciences?

– La faculté des sciences est une superbe machine de recherche, nous avons beaucoup de doctorants. Elle repose sur trois axes qu'il s'agit de renforcer: l'hydrogéologie, qui mobilise déjà sept professeurs, le pôle de recherche sur la survie des plantes, et la microtechnique. Nous devons mettre un accent sur ce dernier point: l'Arc lémanique aura les biotechnologies et les sciences du vivant, l'Arc jurassien doit être le pôle de microtechnique et de nanotechnologie, en collaboration claire avec l'EPFL. Nous réorienterons la chimie dans ce sens, un poste sera supprimé et l'autre redéfini. Pour les nanotechs, nous avons reçu 1,6 million de la Confédération pour un programme commun avec Bâle.

– La majorité de vos étudiants sont en sciences sociales et en lettres, que prévoyez-vous dans ces disciplines?

– C'est dans ce domaine que le besoin de réforme est le plus grand. Grâce à l'intégration du Forum suisse d'étude des migrations dans l'Université, nous souhaitons créer un pôle interdisciplinaire en études sociétales. Après tout, la majeure partie des problèmes de la Suisse de ces dernières décennies sont des questions sociales: défi démographique, consommation médicale, asile… Nous créerons un master en migration et étude des populations. Ce pôle serait constitué d'une dizaine de professeurs issus de la sociologie, l'ethnologie, la statistique et l'économie régionale, une bonne masse critique pour la recherche. En plus, en droit, nous avons le diplôme de management du sport, avec des institutions anglaise et italienne, ainsi qu'un master en commun avec Lucerne pour le droit.

– Pour une petite université, il devient essentiel de créer des masters attractifs…

– C'est la raison pour laquelle nous devons absolument concentrer nos moyens sur un nombre réduit de disciplines. Cela dit, la situation est plus marquée en sciences naturelles, où il est impératif de recruter des étudiants pour les filières de master; il nous en faudra davantage qu'en bachelor. En sciences humaines, la mobilité des étudiants sera sans doute moindre, et l'activité de recherche est différente.

– Thierry Béguin a souvent plaidé pour une «université romande», qu'en pensez-vous?

– Je n'y crois pas une seconde. Le rapprochement des facultés de médecine de Lausanne et Genève a échoué, celui de leurs universités est à la peine… Le scénario est possible si la Confédération reprend totalement les universités, mais comment paierait-elle? Les cantons veulent avoir leur mot à dire, et c'est compréhensible. Et si c'est pour ajouter un étage administratif, à quoi bon? Je préfère nouer des alliances opportunistes, dans l'intérêt de chaque institution. Car une université est hétérogène par définition, la logique d'une section d'espagnol, qui veut collaborer avec des universités d'Espagne, n'a rien à voir avec celle d'une faculté des sciences…