Alkopharma vient de récupérer son autorisation d’exploitation. L’entreprise basée à Martigny, spécialisée dans le conditionnement de médicaments, avait été suspendue le 30 novembre dernier pour falsification des dates de péremption du Thiotepa, médicament contre le cancer des enfants (LT du 16.01.2012). Mardi, dans un communiqué sibyllin, l’organe suisse de surveillance des médicaments (Swissmedic) annonçait qu’«Alkopharma ayant pris des mesures correctives qui ont été évaluées lors d’une inspection», la procédure administrative était close.

C’est le laboratoire allemand Riemser qui avait donné l’alerte en France, en mars 2011, en constatant que le dernier lot de Thiotepa qu’il avait vendu à Alkopharma était toujours sur le marché deux ans après sa date de péremption. Avec, pour conséquence, le sous-dosage du médicament. En janvier 2012, la plupart des médicaments commercialisés par Alkopharma ont été confiés à Pro Concepta, à Zoug. Alkopharma n’est, à l’heure actuelle, plus autorisée à vendre en Suisse que deux types de traitement, le Navoban et l’Ethyol, utilisés en cancérologie.

«Nous avons engagé une personne de plus, chargée de l’assurance qualité», explique un cadre d’Alkopharma qui ne souhaite pas être cité. «Nous avons appris dans cette aventure qu’il ne faut pas laisser tout le pouvoir aux mêmes personnes, mais que nous devons contrôler leurs agissements, poursuit-il. Une procédure pénale est en cours contre un ou deux employés ou un membre de la direction, je ne peux pas être plus précis.» C’est donc à ces derniers qu’incomberait la responsabilité de la fraude, mais le cadre ajoute que le directeur d’Alkopharma, Alain Bouaziz, est toujours à son poste.

Une ligne de défense qui a bien changé depuis le début de l’affaire, quand la filiale française d’Alkopharma, Genopharm, suspendue pour les mêmes raisons que sa société mère, accusait son fournisseur, Riemser, d’être responsable du sous-dosage des médicaments. Alkopharma et ses filiales avaient déposé plainte pour diffamation, en Suisse et en France, contre le laboratoire.

Un précédent en France

Le problème n’est donc pas seulement suisse; il n’est pas nouveau non plus. En 2005, l’organe français de surveillance des médicaments avait suspendu Alkopharma pour des problèmes similaires avant de lui rendre son autorisation en février 2006.

L’histoire se répète mais Swissmedic ne répond à aucune question, invoquant la procédure pénale en cours pour soupçon de falsification des dates de péremption. «Une procédure qui peut durer plusieurs années», indique-t-elle.