La Suisse doit éviter de participer à la polémique entourant la publication dans la presse internationale de caricatures de Mahomet. Encourager le dialogue entre les parties ne revient pas à se cacher derrière la neutralité, a souligné la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, tandis qu'un millier de musulmans manifestaient sur la place Fédérale à Berne. Dans un entretien accordé à la SonntagsZeitung, la conseillère fédérale renvoie dos à dos les adversaires en condamnant tant la violence et les appels au boycott que la haine et le manque de respect. En tant que pays neutre, dépositaire des Conventions de Genève et berceau de la Croix-Rouge, la Suisse a un rôle particulier à remplir au sein de la communauté internationale, selon la conseillère fédérale genevoise. Ce rôle est de promouvoir le dialogue entre des parties en conflit, explique-t-elle en outre dans un commentaire publié par le SonntagsBlick.

Samedi, le président du PRD Fulvio Pelli lui a reproché, ainsi qu'au président de la Confédération Moritz Leuenberger, d'avoir gardé le silence sur l'affaire des caricatures, regrettant que le Conseil fédéral ne montrât pas davantage de solidarité envers le Danemark et la Norvège. Des critiques réfutées par la cheffe du DFAE: «Je ne vois pas pourquoi nous devrions contribuer à polariser la situation au lieu de l'apprécier de manière nuancée.»

Deux tiers des Suisses pour la liberté d'expression

Samedi, près d'un millier de musulmans se sont retrouvés dans l'après-midi sur la place Fédérale à Berne. Contestée au sein de la communauté musulmane de Suisse, la manifestation avait été autorisée par la police et s'est déroulée dans le calme. Dénonçant la diffamation faite au Prophète, des discours et des prières, essentiellement en langue arabe, ont été ponctués de «Allah akbar» (Dieu est grand) repris en chœur. Les participants brandissaient pour certains d'entre eux des exemplaires du Coran, des drapeaux verts - la couleur de l'islam - ou encore des pancartes rédigées en français, en allemand, en arabe et en anglais sur lesquelles on pouvait notamment lire «Oui à la liberté d'expression, non à l'agression». Un sondage publié par le SonntagsBlick fait apparaître un jugement différencié sur l'affaire des caricatures de Mahomet. Deux tiers des Suisses consultés (66%) estiment que le droit à la liberté d'expression ne doit pas être limité, y compris en matière de religion. La publication des caricatures dans un journal danois qui a mis le feu aux poudres est par contre jugée inopportune par 60% des sondés.