Migration

Les Allemands protestent contre le laissez-passer helvétique

L’immigration illégale à travers la frontière suisse vers l’Allemagne a triplé par rapport à 2016 selon le ministère de l’Intérieur allemand. Première région concernée, le Bade-Wurtemberg s’inquiète et ses leaders chrétiens-démocrates tempêtent

«Pour l’instant, nos frontières sont encore sous contrôle, mais si la situation continue à se dégrader à la frontière entre l’Italie et la Suisse, puis à la frontière allemande, nous allons devoir agir», menace le ministre de l’Intérieur du Bade-Wurtemberg, Thomas Strobl, dans les colonnes du Welt am Sonntag. «Nous avons déjà renforcé notre police régionale», précise-t-il même.

Par train, par bus ou à pied, 1350 immigrés clandestins tentant de passer la frontière de la Suisse à l’Allemagne ont été arrêtés en janvier et février 2017. Ils n’étaient que 400 pour la même période en 2016, selon les données confirmées par le Ministère de l’intérieur. Des chiffres qui ne sont que la pointe de l’iceberg, puisque d’autres migrants sont vraisemblablement passés entre les mailles du filet. Il ne s’agit aussi que des arrestations faites par la police fédérale et non locale.

L’attrait du Nord

En Suisse, le Corps des gardes-frontière ne confirme ni n’infirme ces chiffres et renvoie aux autorités allemandes. Son service de presse ne donne pas non plus d’informations sur les points principaux de passage ou les moyens de transport utilisés. Impossible également de connaître le statut précis des personnes arrêtées. Mais en septembre dernier, Mario Gattiker, secrétaire d’Etat aux migrations (SEM), reconnaissait qu’entre 50 et 60% des migrants quittaient les structures d’accueil officielles suisses et s’évanouissaient dans la nature. Selon le haut responsable, la Suisse est connue pour sa politique très ferme de renvois de personnes relevant des Accords de Dublin. Tandis que les pays du Nord ont la réputation d’être des terres plus accueillantes. De quoi inciter les migrants à poursuivre leur route vers le nord.

Les statistiques de l’application des Accords de Dublin confirment d’ailleurs cette tendance. Cet accord oblige le pays ayant enregistré le migrant à son arrivée en Europe à mener la procédure d’asile. Il est très favorable à la Suisse, qui peut ainsi procéder à de nombreux renvois, notamment vers l’Italie. Mais les chiffres montrent que l’Allemagne adresse toujours plus de requêtes à la Suisse. Depuis février 2016, c’est chaque mois plus de 100 cas qui lui sont soumis. La barre des 200 demandes est même dépassée depuis l’automne dernier. Depuis le début de l’année, Berlin a déposé 237 demandes en janvier, 255 en février et 241 en mars.

Un plan d’action

En Allemagne, le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a reconnu que la situation sur la route passant de la Libye à l’Italie puis vers l’Allemagne via la Suisse a empiré depuis la fermeture de la route des Balkans. La part des migrants passant par la Méditerranée a grimpé de plus de 70% en un an, indique le Ministère de l’intérieur. La plupart seraient originaires de Guinée, du Nigeria et de Côte d’Ivoire.

Le Ministère de l’intérieur relativise pourtant la situation, en rappelant que la Suisse et l’Allemagne ont conclu en octobre dernier un plan d’action pour le contrôle des frontières. «Nous avons déjà renforcé les contrôles et notre travail en commun, ce qui explique aussi la hausse du nombre de personnes arrêtées», fait-on remarquer au service du porte-parole du ministère. «Nous observons très attentivement la situation avec nos partenaires suisses» et, pour l’heure, «nous ne voyons pas de raison de renforcer les frontières».

Le Corps suisse des gardes-frontière rappelle que les deux pays collaborent déjà étroitement depuis des années. Collaboration qui se traduit par l’existence d’un bureau de liaison à Bâle, par des patrouilles communes ainsi que par des interventions éclair par hélicoptère. «Cette collaboration a fait ses preuves et sera encore élargie ces prochains mois», indique le service de presse.

Tensions électorales

Reste qu’en cette période de campagne électorale en Allemagne, les leaders de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) tentent de se démarquer de leur partenaire socialiste au sein de l’actuelle coalition gouvernementale sur les questions d’immigration. Thomas Strobl a d’ailleurs immédiatement reçu les renforts du porte-parole de la CDU au Bundestag pour les questions intérieures, Stephan Mayer: «Nous avons besoin de plus de contrôles à la frontière avec la Suisse» où la situation est «très préoccupante», a-t-il déclaré lundi au Rheinischen Post.

Thomas Strobl lui-même fait partie des «durs» en faveur de reconduites à la frontière stricte. Il avait déclenché une polémique en décembre dernier en déclarant que les migrants en situation illégale malades devaient pouvoir être renvoyés chez eux. «S’ils ont pu traverser la Méditerranée dans leur état, pourquoi ne pourraient-ils pas monter dans un avion», faisait-il valoir.

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