Le serpent se mord la queue: le parlement exige des promoteurs de l'énergie solaire qu'ils baissent leurs coûts de production avant de leur offrir un soutien plus large. Les investisseurs, de leur côté, réclament un appui conséquent immédiat, faute de quoi ils ne parviendront pas à baisser les coûts... Tel est le message délivré mardi à Berne par Swissolar, alliée à l'Union suisse des paysans (USP), qui réclame pour le photovoltaïque une aide équivalente à celle dont bénéficient les autres énergies vertes.

Pour rappel, le parlement a accordé aux différents secteurs du renouvelable (issu du solaire, de l'éolien, de la biomasse, de la géothermie ou encore des petites centrales hydrauliques) une enveloppe de 320 millions de francs (émanant d'une ponction de 0,6 centime par kilowattheure, soit un surcoût annuel, pour les ménages d'une quarantaine de francs). Cette enveloppe permet d'injecter le courant vert dans le réseau au prix coûtant, selon des quotas alloués aux différentes filières.

Tenir tête à l'Allemagne

Estimant que le prix de production du solaire était beaucoup trop élevé (plus de 50 centimes au-dessus des prix du marché), les Chambres ont limité l'aide qui lui est accordée à 5% de l'enveloppe globale, soit à 16 millions de francs. Une limite beaucoup trop basse, jugent les promoteurs du courant photovoltaïque, qui constatent que 80% des demandes d'aide déposées depuis le 1er mai, visent un investissement dans le solaire (LT du 13.05.08). Swissolar et l'USP appellent donc le parlement à revoir sa copie. Afin que la limite de 5% soit rehaussée au plus vite, et que la «ponction» de 0,6 centime par kilowattheure soit augmentée s'il s'avérait que la totalité des 320 millions alloués aux énergies vertes était épuisée. Swissgrid, l'organisme qui gère les demandes, devrait publier des chiffres à ce propos dans les prochaines semaines.

Les radicaux Yves Christen, ancien conseiller national et président de Swissolar, et Jacques Bourgeois, parlementaire et directeur de l'USP, ont adressé une lettre à Moritz Leuenberger pour demander au ministre de l'Energie de créer une table ronde, qui préparerait le terrain à un réexamen de la loi aux Chambres.

Au-delà d'une augmentation de l'aide, ils souhaitent une meilleure répartition des fonds à disposition. Pour l'heure, dans le processus de sélection de Swissgrid, les projets d'envergure, tels que planifiés par les grandes sociétés électriques, ont la priorité. «Le but n'est pas d'empêcher les grands producteurs de faire leur travail. Après tout, ils contribueront à atteindre une masse critique», a reconnu Yves Christen. «Mais il ne faut pas prétériter les petits investisseurs, comme les paysans, qui ont un potentiel important et assureraient une production décentralisée qui correspond à une vision d'avenir», a souligné Jacques Bourgeois (lire ci-dessous).

Swissolar souhaite également préserver la technologie suisse. «Avec une aide aussi faible, nous accuserons un retard croissant notamment sur l'Allemagne», a prévenu l'entrepreneur Patrick Hofer-Noser, patron de Swiss solar systems, société cotée en bourse basée à Lyss (BE).

L'Allemagne a en effet concrétisé il y a des années l'idée, suisse à l'origine, de la rétribution de l'injection à prix coûtant. Résultat: «Outre-Rhin, l'industrie solaire, avec un chiffre d'affaires de 9 milliards de francs pour 42000 emplois, se situe au même niveau que la branche des biotechnologies. Les coûts y ont été réduits de 50% en dix ans. Et la puissance photovoltaïque par habitant y est dix fois supérieure à celle de la Suisse», prévient Matthias Fawer, spécialiste de la question auprès de la Banque Sarasin. Certes, la Suisse, grâce à une poignée de chercheurs et de sociétés, se trouve toujours en pointe en matière de recherche. Mais elle doit aujourd'hui fournir un effort considérable pour maintenir sa position et conquérir des marchés au niveau international.

Incertitude au parlement

Reste à savoir si le parlement prêtera l'oreille à ces avertissements. Le modèle de soutien aux renouvelables tel qu'il figure dans la loi date de l'automne 2006. Depuis, les partis ont clairement aiguisé leur sensibilité en matière de politique énergétique, notamment pendant les grands débats qui ont précédé les élections fédérales d'octobre dernier. Néanmoins, lorsqu'il s'agit de faire des pas concrets, la droite bourgeoise - du PDC à l'UDC en passant par les radicaux - paraît toujours extrêmement sceptique face au potentiel des énergies vertes (qui ne contribuent aujourd'hui que de façon très marginale à l'approvisionnement énergétique de la Suisse) et se montre pour le moins réticente à leur octroyer davantage...