Les partisans de l’initiative anti-minarets jouent avec le feu. Derrière ces édifices religieux, c’est en fait à une «islamisation rampante de la Suisse» qu’ils s’en prennent. Les peurs de l’islam sont bien réelles. Elles découlent souvent d’une intégration déficiente de certains musulmans à laquelle il faut remédier. Mais ces peurs sont exacerbées et les amalgames entre musulmans et islamistes mis en exergue. Les partisans vont jusqu’à brandir le spectre de l’imposition de la charia en Suisse.

La campagne de votation n’a pas encore débuté. Mais des réactions outrées et d’incompréhension se sont déjà exprimées à l’étranger. Le Conseil fédéral met tout en œuvre pour que la Suisse n’apparaisse pas comme islamophobe et ne soit pas l’objet de boycotts. Sa réaction inhabituellement rapide pour dire son rejet du texte, le jour même de son dépôt, démontre ce souci.

Mais l’initiative ne fait pas qu’écorner l’image de la Suisse. Le texte porte aussi les germes de la ghettoïsation et du repli identitaire. Stigmatisés, des musulmans pourraient être tentés de se réfugier dans le radicalisme religieux. Le risque est réel. Le Conseil fédéral le souligne dans son message. L’initiative ne permet en aucune façon de combattre des actes violents de milieux extrémistes ou fondamentalistes, mais menace au contraire la paix religieuse. Si elle était acceptée, des groupes extrémistes pourraient exploiter ce fait pour leur propagande anti-occidentale, insiste le Conseil fédéral.

La place des musulmans en Suisse et les valeurs de l’islam méritent un débat. Mais un débat sérieux et calme, pas truffé de caricatures et d’amalgames dangereux.