Après Le Cap en 1993 et Le Caire l'année dernière, c'est à Accra, au Ghana, que Joseph Deiss a ouvert dimanche la troisième conférence régionale des ambassadeurs pour l'Afrique. Pour la première fois, les coordinateurs régionaux de la Direction du développement et de coopération (DDC), de même que des représentants de l'Office fédéral des réfugiés et du secrétariat à l'économie (Seco), se sont joints aux diplomates en poste dans les capitales africaines. C'est qu'il y a plus que jamais lieu de s'interroger sur l'engagement de la Suisse – et de l'Occident en général – sur le continent africain. Et les différents acteurs divergent parfois sur le sens et le contenu à donner à cet engagement.

En choisissant le Ghana pour cette réunion, le Département des affaires étrangères a opté pour un environnement privilégié, tout en saluant le très ancien engagement missionnaire de la Suisse dans ce pays. Le pays est relativement stable et vient de réussir, il y a un mois, une transition démocratique. Mais les ambassadeurs réunis à Accra viennent pour nombre d'entre eux de pays qui se trouvent dans une situation infiniment moins favorable. Voici quelque deux ans, la DDC avait fait une campagne sur le thème d'une «autre Afrique», celle qui réussit, en donnant des signes de succès et de renouveau. D'un autre côté, la déliquescence du Congo, la chute de la Côte d'Ivoire présentée jusqu'ici comme un modèle de réussite, donnent l'image d'un continent sans espoir, faite de guerres, de pauvreté et de famines.

Contradictions

Quel que soit le regard, la question ne se pose pas de savoir si la Suisse veut être présente ou non en Afrique, assure le ministre des Affaires étrangères, Joseph Deiss, et de quelle façon elle entend engager de manière cohérente ses modestes ressources. Quel développement, quel contenu lui donner, quelle dimension politique doit sous-tendre la coopération, telles sont, entre autres, les questions auxquelles les diplomates vont tenter de donner une réponse d'ici à vendredi. Le message adressé dimanche aux Africains lors d'un premier séminaire, est de cesser de se considérer comme des victimes et de vouloir rechercher des solutions en dehors de leur continent. C'est loin d'être facile, comme on l'a vu dans les échanges avec les interlocuteurs ghanéens, qui ont fait apparaître un certain nombre de contradictions: entre la revendication d'investissements occidentaux et le fait de vouer aux Gémonies la Banque mondiale et le FMI, entre le choix d'un modèle occidental d'Etat et le retour aux racines traditionnelles.

Pour sa part, la DDC a ajouté au fil des années plusieurs strates à son engagement initial dans la coopération technique et financière. Joseph Deiss a pu trouvé la semaine dernière sur le terrain, au Tchad, des exemples d'un programme adapté à l'un des pays les plus pauvres du monde, où l'Etat est tout simplement absent de vastes régions. La DDC a donné la priorité à la collaboration avec la population de base, incitée à identifier ses aspirations et les moyens de les satisfaire. Une centaine d'écoles communautaires ont été créées ces dernières années par et pour les populations locales, qui prennent elles-mêmes en charge des enseignants. La promotion de l'économie rurale passe par l'enseignement de nouvelles cultures et de nouvelles techniques destinées à une meilleure maîtrise du milieu, face à la sécheresse et à l'érosion. Un programme d'amélioration des pistes permet de garder sur place la main-d'œuvre locale pendant la saison sèche, et le tout est complété par la mise en place d'un système de santé de base.