Comment interdire à toute voiture thermique de polluer le sol lausannois d’ici à dix ans? La municipalité de la capitale vaudoise a présenté mercredi ses ambitions en matière de politique climatique et elles sont élevées. Pour y parvenir, il faudra l’aval de son Conseil communal mais surtout le soutien des échelons supérieurs, cantonal et fédéral, pour lui permettre de changer ses bases légales. Pourquoi est-ce à la ville d’aspirer à de tels changements? «Parce que ce sont les plus grandes émettrices de gaz à effet de serre, et que ce sont dans les villes que les effets du réchauffement climatique se font le plus sentir», répond le syndic Grégoire Junod, «mais aussi parce que les compétences liées à l’habitat, à la mobilité et au traitement des déchets et eaux usées sont communales et que nous avons des leviers d’action importants».

C’est, de ce point de vue, la revanche, ou le retour des villes dans un système fédéraliste qui s’était passablement réduit à deux étages, comme on l’a vu dans la crise du covid. «L’objectif n’est pas institutionnel, nous ne demandons pas d’avoir un siège au Conseil des Etats, mais montrons la nécessité d’un changement qui commence par les plus petites entités, les plus peuplées», présente Grégoire Junod.

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Lausanne a établi une liste de réductions possibles en analysant la part de ses émissions de CO2. Le chauffage des bâtiments, le transport et le traitement des déchets sont, par ordre décroissant, les trois pôles de pollution à Lausanne, équivalant à 3,3 tonnes de CO2 par habitant. Pour arriver à zéro émission directe en 2030 dans le domaine de la mobilité, et zéro émission en 2050 pour le reste de l’ensemble des émissions directes, les moyens devront être gigantesques.

Il faudra augmenter à 75% les ménages alimentés par le chauffage à distance d’ici à 2050, avec une énergie entièrement renouvelable, et rénover 3,3% du parc immobilier par an.

Renforcer le vélo

Concernant la mobilité, la ville souhaite dès 2030 renoncer à tout véhicule thermique. Ses objectifs de mobilité priorisent le vélo, dont la part des déplacements passerait de 2 à 15% grâce au développement des pistes cyclables; les véhicules (uniquement électriques) ne compteraient plus que pour une part de 15% des déplacements des Lausannois. Les transports en commun et les zones piétonnes seraient développés.

Une baisse importante du prix des transports publics est proposée pour éviter que ne se crée une fracture sociale en termes de mobilité. «La transition énergétique ne doit pas se faire sur le dos des plus fragiles», alerte le municipal Oscar Tosato. Il demande la création d’un fonds communal dédié à l’assainissement des bâtiments, et la subvention des abonnements de transports publics qui deviendraient gratuits pour les bénéficiaires d’aides sociales, et réduits de moitié pour les retraités et les étudiants jusqu’à 25 ans.

La ville souhaite aussi doubler la surface de feuilles d’arbre sur son territoire, afin de mieux supporter l’augmentation des températures. «On note une baisse de 5 degrés à l’ombre d’un arbre, véritable bénéfice en situation de grosse chaleur, de plus, ses feuilles limitent les dégâts de fortes pluies», avance la municipale Natacha Litzistorf.

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Le Parti socialiste de la ville s’est empressé de valider ces annonces. «En cette période de crise, il est plus que nécessaire que les réponses à l’urgence climatique soient accessibles et partagées par tous les Lausannois. C’est pourquoi le Parti socialiste lausannois salue la volonté de la municipalité d’intégrer aussi dans le plan climat des mesures de protection pour les locataires et de viser la gratuité des transports publics à Lausanne.» La candidate à la municipalité Emilie Moeschler souligne que «pour être largement acceptées, les réponses à l’urgence climatique doivent aussi améliorer le quotidien des gens».

Les Verts se disent «partagés entre soulagement et inquiétude». «L’objectif de zéro véhicule thermique à 2030 est louable, mais la lecture du train de mesures pour l’atteindre est plus que lacunaire et rend l’atteinte de l’objectif quasi impossible. Les objectifs d’assainissement énergétique des bâtiments et d’adaptation aux changements climatiques par une arborisation décuplée sont par contre à saluer», écrivent-ils dans leur communiqué. Le PLR pointe «la difficulté qu’aura la Ville de réaliser l’ensemble de son plan climat, au-delà de la communication pieuse de son préavis».