Huit ans d’efforts pour rien. La Ville de Zurich et Credit Suisse ont annoncé hier qu’ils renonçaient au projet de stade de Zurich, qui devrait remplacer l’ancien Hardturm. Présenté en 2001, accepté par les citoyens zurichois en 2003, le complexe multifonctionnel devisé à 350 millions de francs a été bloqué par une succession d’oppositions de nature diverse (augmentation du trafic et atteinte à la nappe phréa­tique, notamment). Ce long feuilleton politico-juridique a ouvert un débat national sur la suppression du droit de recours des associations, proposition refusée par le peuple en novembre dernier.

Ce blocage au long cours – des oppositions sont encore pendantes – a eu raison de la patience de Credit Suisse. Pour sortir de l’impasse, la banque et les autorités du chef-lieu ont décidé de dissocier le projet de stade et les surfaces commercialisables: Credit Suisse donnera le terrain à la Ville pour que cette dernière puisse construire un stade redimensionné. En contrepartie, la municipalité cédera à la banque un terrain adjacent où elle construira des bureaux et des appartements. Souvent critiqué, le projet de centre commercial a été purement et simplement abandonné.

La nouvelle enceinte dédiée au football disposera de 20 000 places assises, contre 30 000 pour le projet initial. Elle coûtera environ 100 mil­lions de francs, financés par une société anonyme qui regroupera la Ville, les futurs locataires du stade (FC Zurich et Grasshopper Club), les supporters des deux clubs et des investisseurs privés. La municipalité, qui injectera 5 millions de francs, estime que le nouveau projet est «financièrement viable». Selon l’agenda fixé, le nouveau stade sera opérationnel «au plus tôt» à la fin 2014.

Responsable des travaux publics à la Ville de Zurich, la radicale Kathrin Martelli a profité de l’occasion pour fustiger l’attitude des riverains, à l’origine des oppositions qui ont «enterré» le stade de Zurich. Elle espère que la décision de redimensionner le stade et d’annuler le centre commercial les incitera à plus de retenue.

Opposants satisfaits

Les premiers échos sont positifs. Interrogée par Tages-Anzeiger.ch, Monika Spring, de l’association de quartier IG Hardturm, estime que le concept retenu est bon. «Si les lois sont respectées, nous ne nous y opposerons pas», promet-elle, soulignant que les opposants «ne sont pas contre le football».

Anciens locataires du Hardturm, les Grasshoppers sont «100% derrière le nouveau projet». Selon le club, la réduction du nombre de places ne constitue pas un handicap. Il représente une amélioration par rapport à l’ancien stade (17 666 places) sans tomber dans la démesure imposée à l’origine par la perspective d’accueillir l’Eurofoot 2008. Les statistiques de la saison écoulée le démontrent: le FC Zurich, pourtant champion de Suisse, a accueilli une moyenne de 9800 spectateurs par match au Letzigrund. GC moins de 6500.