Au printemps 2020, de nombreux Suisses et Suissesses sortaient sur leurs balcons pour applaudir les médecins et les infirmières qui soignaient les victimes de la pandémie. C’était symbolique. Aujourd’hui, cette reconnaissance, largement méritée, devient concrète avec le net soutien à l’initiative sur les soins infirmiers. Avec plus de 60% de oui et une quasi-unanimité des cantons, ce résultat dépasse largement les attentes des initiants. Rappelons que le Conseil fédéral et tous les partis de droite étaient opposés à ce texte qui allait trop loin selon eux. Bien sûr, cette initiative a bénéficié de l’effet covid. Lancée en 2017 par l’Association suisse des infirmières et infirmiers, elle n’aurait probablement pas connu un tel succès sans la situation actuelle.

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Cette crise a prouvé l’importance du personnel infirmier dans notre système de santé. Des collaborateurs dont le travail est insuffisamment valorisé. D’où une conséquence choquante: plus d’un tiers d’entre eux quittent la profession avant 35 ans. Autre chiffre frappant qui a surgi durant cette campagne: aujourd’hui, 11 000 postes dans le système de santé ne sont pas repourvus, dont 6200 d’infirmières et infirmiers.

Il faut donc agir rapidement pour éviter une dégradation qui aurait des conséquences sur la qualité et la sécurité des soins. Les perdants doivent jouer le jeu et prendre en considération ce large soutien. C’est en effet eux qui sont chargés de mettre en musique cette initiative. Le Conseil fédéral puis le parlement vont proposer une loi d’application. Mais ils ne pourront pas faire fi du vote populaire. Ce qui va être compliqué dans la phase d’élaboration, c’est que cette initiative s’adresse à la fois à la Confédération et aux cantons. C’est dire que les employeurs, publics et privés, et les syndicats devront être associés aux travaux dans les plus brefs délais.

Mais les Chambres fédérales pourraient opter pour un signal fort, mettre en pratique immédiatement ce qu’elles avaient inscrit dans le contre-projet indirect: le versement de 1 milliard de francs pour la formation et la formation continue sur huit ans. Le Conseil national avait aussi pris une première décision salutaire en septembre en acceptant l’introduction d’un ratio entre nombre de patients et nombre d’infirmiers. De telles mesures doivent permettre d’améliorer très rapidement la situation du personnel soignant et donc des patients.