Urbanisme 

Aménagement: le Conseil d’Etat genevois repart au combat

Mercredi, le gouvernement a lancé la campagne pour l’ambitieux projet de Cointrin Est et Ouest, soumis au référendum le 9 février

Après les deux revers subis sur l’aménagement du Petit-Saconnex et de Pré-du-Stand, le conseiller d’Etat genevois Antonio Hodgers remonte au front du côté de Cointrin. Le projet soumis au référendum le 9 février prochain est encore plus ambitieux que les précédents: un potentiel de 2300 logements et 800 emplois à l’horizon 2050, sur des zones villas à cheval entre Vernier et Meyrin. Dans le contexte actuel de défiance des milieux écologistes et patrimoniaux, la campagne s’annonce féroce, d’autant plus que les Verts ont laissé la liberté de vote, tandis que les jeunes écologistes, le PLR et l'UDC s’opposent au projet.

Pourquoi revenir à la charge juste après avoir annoncé un ralentissement des densifications? «C’est un hasard de calendrier, répond le ministre chargé du Département du territoire. Le déclassement de ces zones a été voté par le Grand Conseil au début de l’année déjà.» A ses yeux, la défaite du 24 novembre ne signifie pas que «la population ne veut plus rien construire», mais plutôt qu’elle exige un «développement de qualité». «C’est ce que nous proposons ici avec un projet maîtrisé qui densifie en ville, proche des axes routiers et des infrastructures afin de réduire le trafic pendulaire», plaide le conseiller d’Etat.

Réduire impérativement le bruit

Pour autant, le quartier n’est pas près de se métamorphoser du jour au lendemain. Il y a d’abord le bruit de l’aéroport tout proche qu’il faudra impérativement réduire. «La Confédération nous impose des normes de bruit réduites d’ici à 2030, sans quoi il sera tout simplement interdit de construire dans une partie du périmètre», souligne Antonio Hodgers. Les propriétaires, ensuite, qu’il faudra convaincre. Aujourd’hui, un tiers d’entre eux seraient d’accord pour vendre. Et les autres? Si l’Etat affirme qu’il n’expropriera personne, il compte sur l’incitation financière, le changement de génération et l’effet d’entraînement. «On sait que ces changements prennent du temps, c’est pourquoi le développement du quartier est prévu jusqu’en 2050.»

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Dans le détail, le projet prévoit une «vitrine économique», soit un front de bureaux situé en zone déjà déclassée. A l’intérieur des deux parcelles Est et Ouest, différents gabarits d’immeubles locatifs allant de trois à huit étages sont envisagés, assortis d’équipements publics cantonaux. En ce qui concerne la délicate question des arbres, un inventaire des spécimens présents sur le périmètre sera effectué dans une logique de préservation. «Les abattages inévitables seront compensés par des plantations», promet Antonio Hodgers.

«Cointrin n’est plus un village»

Les communes hôtes semblent y trouver leur compte. «Cointrin n’est plus un village de villas depuis longtemps, estime le conseiller administratif de Meyrin Pierre-Alain Tschudi. Les habitants se plaignent souvent de l’absence d’infrastructures, ce projet peut améliorer leur qualité de vie.» L’élu pose toutefois une condition: «La future urbanisation devra tenir compte de l’existant, l’Etat s’y est engagé.» A Vernier, c’est la promesse d’une diminution des nuisances sonores qui a convaincu le maire, Yvan Rochat.

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Remontés à bloc, les référendaires sont quant à eux prêts à combattre un projet qui incarne la «démesure» de la politique d’aménagement cantonale. «Le gouvernement s’obstine à bâtir dans la zone la plus polluée de Genève, à cause de l’aéroport mais aussi de l’autoroute», dénonce Jean Hertzschuch, président de l’association Sauvegarde Genève et membre du comité référendaire. «Il y a trois ans, le projet prévoyait 600 logements, aujourd’hui ce chiffre a quasiment quadruplé, comment l’expliquer?» s’interroge son collègue Jean Szabo, de l’association Cointrin-Ouest. Peu importent les ambitions de l’Etat, les référendaires en sont persuadés: depuis le 24 novembre, la donne a «définitivement changé».

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