Stéphane Rossini ne commente pas. Malgré des ambitions manifestes, l’ancien président du Conseil national renonce à briguer une place au gouvernement valaisan. Ce jeudi, il s’est fendu d’un communiqué de presse très critique à l’égard de la ministre socialiste Esther Waeber-Kalbermatten, candidate à sa propre succession: «Le Valais romand étant pris en otage par l’arrogance coutumière du haut, il n’est pas judicieux d’entrer dans la ronde électorale».

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Fin avril, la première et seule femme jamais élue à l’exécutif valaisan annonçait sa postulation à un troisième mandat, dans les médias, et sans en informer les francophones. La manœuvre prenait de court Stéphane Rossini, qui ne cachait pas ses appétits, et les socialistes du Valais romand, qui soutenaient sa candidature. Quelques jours plus tôt, cinq anciens présidents du parti avaient mis la haut-valaisanne sous pression, exigeant que son bilan soit débattu.

Le putsch du SPO est un affront pour le Valais romand

Conquis en 1997, l’unique siège socialiste au gouvernement a toujours été défendu par des candidats germanophones, alors qu’une écrasante majorité de l’électorat socialiste est domiciliée dans le Valais romand. Aujourd’hui, le communiqué de Stéphane Rossini trahit le malaise linguistique qui gangrène la gauche à moins d’une année des élections. S’estimant «mis devant le fait accompli», il affirme que «le putsch du SPO est un affront pour le Valais romand».

Divisions internes et critiques corrosives

Si son renoncement évite un duel fratricide face au congrès du parti, Stéphane Rossini ne se prive pas de dresser un bilan corrosif des deux mandats de la ministre socialiste. Il énumère, entre autres, la diminution des subventions de l’assurance-maladie, des «économies sur le dos des plus faibles», l’échec du dossier électronique du patient, et le «fort mécontentement de nombreux acteurs institutionnels de la santé et du social».

Très durs, ces mots «étonnent» l’ancien conseiller d’Etat Thomas Burgener: «J’attendais un comportement plus posé de la part d’un ancien président du Conseil national». Le socialiste haut-valaisan considère qu’Esther Waeber-Kalbermatten bénéficie d’un meilleur potentiel électoral, «parce qu’elle représente une minorité linguistique à laquelle Stéphane Rossini ne s’est jamais vraiment intéressé». Il insiste: «Personne ne lui a interdit de se présenter, mais il a compris qu’il ne se trouvait pas au bon endroit au bon moment».

Un parti qui pèse moins de 20% de l’électorat ne peut pas se permettre des conflits ouverts entre des entités qui ne communiquent pas

Président du parti socialiste du Valais romand, Gaël Bourgeois comprend la déception de l’ancien conseiller national. Selon lui, «l’annonce publique d’Esther Waeber-Kalbermatten a réduit la marge de manœuvre de Stéphane Rossini». Ces derniers mois, malgré plusieurs tentatives, les deux sections et leurs candidats ne se sont jamais rencontrés. Pour Gaël Bourgeois, la gauche perdra probablement des voix: «Un parti qui pèse moins de 20% de l’électorat ne peut pas se permettre des conflits ouverts entre des entités qui ne communiquent pas».

Sous réserve d’une nouvelle postulation avant la fin juillet, les socialistes romands soutiendront la candidature d’Esther Waeber-Kalbermatten, déjà plébiscitée par les haut-valaisans il y a deux semaines. Inquiet pour le pluralisme du Conseil d’Etat, le conseiller national Mathias Reynard appelle au rassemblement: «Tout le monde doit se calmer pour sauver l’unique siège de la gauche au gouvernement».