Les mesures prises par la Suisse pour faire face à la pandémie de coronavirus ont restreint «de façon disproportionnée» le droit à la liberté d'expression, déplore Amnesty International (AI). Elles ont aussi eu un impact négatif sur les droits des requérants d'asile.

Au début de la pandémie, la police ne disposait pas de directives claires pour l'application des mesures d'urgence, souligne l'organisation de défense des droits de l'homme dans son rapport annuel publié mercredi. Elle a imposé des interdictions généralisées des manifestations dans les lieux publics et infligé des amendes dans certains cantons.

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Ces mesures ont restreint de façon disproportionnée le droit des manifestants à la liberté de réunion pacifique, ajoute AI dans son chapitre consacré à la Suisse. L'ONG regrette par ailleurs que, durant la fermeture de la frontière avec l'Italie, entre mi-mars et mi-mai, la Suisse ait suspendu l'enregistrement des demandes d'asile aux frontières, sauf pour les personnes vulnérables.

Appel à plus de solidarité de la part des pays riches

Plus généralement, l'organisation regrette que les intérêts nationaux aient primé sur la coopération internationale l'an dernier. Elle exhorte les pays riches comme la Suisse à se montrer plus solidaires avec les plus pauvres.

«Nous pourrons surmonter ces impasses uniquement si nous coopérons au niveau international. Les membres du G20 et les institutions financières internationales doivent alléger la dette des 77 pays les plus pauvres afin qu'ils puissent prendre les mesures nécessaires et se relever après la pandémie», souligne Alexandra Karle, directrice d'AI Suisse, citée dans un communiqué.

Les Etats riches doivent veiller à ce que les vaccins contre le Covid-19 soient rapidement disponibles pour tous, partout et gratuitement. Les entreprises pharmaceutiques doivent partager leurs connaissances et leurs technologies afin que personne ne soit laissé de côté. La Suisse devrait en particulier cesser d'empêcher une dérogation à la propriété intellectuelle pour ces vaccins.

L'adoption de la norme anti-homophobie jugée positive

Amnesty International critique également le refus du Conseil fédéral d'accepter un contingent plus important de réfugiés en provenance des îles grecques, malgré des demandes d'asile «historiquement basses». De nombreuses villes et communes ont pourtant expressément exprimé leur volonté de les accueillir.

L'organisation de défense des droits humains dénonce, par ailleurs, les lois antiterroristes «draconiennes» adoptées par le Parlement et qui seront soumises au peuple le 13 juin. Ces mesures contiennent «une définition vague et excessivement large du «terrorisme» et permettent de restreindre de manière préventive la liberté d'une personne sans inculpation, ni procès», dénonce-t-elle.

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Parmi les points positifs, AI rappelle l'adoption de la norme anti-homophobie par le peuple suisse en février, ainsi que le feu vert des Chambres fédérales au mariage pour tous en décembre. En outre, en janvier 2020, une commission du Conseil des Etats a demandé au gouvernement de redéfinir le viol.