Les Neuchâtelois sont appelés, dimanche, à ratifier une enveloppe de 72,5 millions, la 11e du genre depuis 1948, destinée à réaliser une vingtaine de chantiers routiers d'ici 5 à 7 ans. Les projets les plus significatifs sont le contournement de La Chaux-de-Fonds (112 millions dont 40 à charge du canton, Le Temps du 19 février) et deux corrections de la route du Val-de-Travers: un tunnel pour supprimer le «virage de la mort» près de Fleurier (11 millions dont 4 à charge du canton) et un viaduc pour éviter Rochefort (25 millions dont 9 pour le canton).

Partant du principe que les investissements routiers sont financés par ses usagers, le conseiller d'Etat Pierre Hirschy préconise une hausse modeste de la taxe auto: +4% en 2001, soit une quinzaine de francs par voiture, puis 4 autres pour-cent dès 2003. L'augmentation rapportera alors 2,7 millions. Dénonçant «l'odyssée des taxes», les radicaux, appuyés par les clubs automobiles, ont fait aboutir le référendum avec 11 312 signatures alors que 6000 sont nécessaires.

Par souci de logique, socialistes et libéraux recommandent la double acceptation du crédit et de la hausse de la taxe. En mal de popularité, les radicaux affirment que la taxe ne doit être adaptée qu'une fois les travaux routiers entamés. Ils disent oui au crédit et non à la taxe. Verts et popistes font une recommandation inverse: ils s'opposent au crédit routier, jugé «inadéquat et synonyme de gaspillage», mais soutiennent la hausse qualifiée de «minime» de la taxe des véhicules. Dans cet embrouillamini, le corps électoral risque de préférer le beurre et l'argent du beurre, en votant le crédit routier, mais pas la hausse de la taxe.

Au-delà des considérations liées à la cohérence et au risque d'opposition entre le Bas et le Haut du canton auquel est destiné le plus gros de la manne, la votation de dimanche est un croc-en-jambe pour les partis politiques et leurs candidats, à cinq semaines des élections cantonales. En prônant le double oui, libéraux et socialistes risquent le désaveu populaire, comme Pierre Hirschy, dont les coups de sang envers l'inconséquence radicale pourraient lui coûter des suffrages. Partisan lui aussi du double oui, Thierry Béguin est en porte-à-faux avec ses pairs radicaux. Situation délicate également pour la libérale Sylvie Perrinjaquet, coprésidente de l'ACS, opposée à la hausse de la taxe auto, en contradiction avec la majorité de son parti.

Quel que soit le résultat d'une votation aux effets concrets peu significatifs (peut-être des retards dans les travaux), la classe politique s'appliquera à en étouffer très vite les conséquences politiques. Ce ne sera qu'un mauvais moment à passer.