Le club des cinq: voilà à quoi rêve désormais l'UDC valaisanne, revenue d'ambitions jadis plus flamboyantes. Cinq comme cinq députés, contre deux aujourd'hui, de quoi former un groupe au Grand Conseil et agir donc en commission. Après avoir largement raté son implantation communale en décembre dernier, ce nouvel objectif, revu à la baisse, n'est même pas garanti. D'abord, les circonscriptions électorales – les districts – sont généralement encore plus verrouillées que les communes. Si, ici ou là, la vox populi a porté un UDC dans un Conseil communal, un siège de député est une chose trop rare et trop précieuse pour que les partis traditionnels laissent la moindre fenêtre de tir.

Dans le même ordre d'idées, l'UDC n'est implantée que dans quelques communes et, pour atteindre le quorum de 8% donnant droit à un fauteuil au Grand Conseil, il faut maintenir cette moyenne dans toutes les localités du district.

Les forteresses PDC

L'UDC place par exemple beaucoup d'espoir dans le district de Sierre, avec une liste à huit composée majoritairement de personnalités qui se sont déjà fait un nom dans le canton – souvent par le biais de la virulence et de l'exagération. Ainsi du polémiste Blaise Chappaz, du dentiste roumain Narcis-Paul Rosu – fraîchement naturalisé et surnommé par ses amis le conducator de l'UDC –, le bavard horticulteur Albert Pitteloud – qui avait fait un carton médiatique comme candidat au Conseil des Etats en octobre 2003 –, le teigneux notaire Edmond Perruchoud, ou le jeune et prometteur Blaise Melly, dents longues et propre sur lui. Mais voilà: cette brillante troupe de choc, cantonnée essentiellement dans la plaine, risque de n'engranger qu'à Sierre et de ne récolter que des miettes en Anniviers, forteresse PDC imprenable.

Dans le district de Monthey, autre circonscription prometteuse, la donne est un peu différente: l'implantation UDC y est mieux répartie, avec des élus communaux du fond du val d'Illiez jusqu'au bord du lac. Mais avec des candidats dont la notoriété ne dépasse, justement, pas leur village. Le reste des espoirs agrariens se focalise sur Martigny et Sion, où certains caciques du parti sont engagés: le secrétaire général, Jean-Luc Addor, dans la capitale, ou le président, Raphaël Filliez, en Octodure.

Raphaël Filliez habite pourtant le district d'Entremont, mais cette terre très conservatrice lui est interdite. Il n'y existe aucune section UDC, d'où son parachutage à Martigny. Le positionnement très à droite du PDC dans les zones théoriquement les plus propices à l'UDC ressemble pour cette dernière à une quadrature du cercle, les conservateurs mangeant la laine du blochérisme sur son dos.

Les terres de Jean-René Fournier

L'exemple vient d'en haut, du chef du gouvernement, Jean-René Fournier, qui, en affirmant sa proximité, voire sa sympathie, pour nombre de thèses UDC, rend la tâche de Freysinger et consorts d'autant plus aléatoire. A quoi s'ajoute un Parti radical repris en main, et où nombre de brebis ayant fauté sont ramenées au bercail par l'impitoyable pasteur Bender. La constitution du club des cinq se jouera sans doute à peu de chose, entre deux scénarios extrêmes mais aussi possibles l'un que l'autre: le chou blanc total ou une heureuse surprise, du genre clan des sept.