A la veille de l'ouverture des urnes ce week-end, la campagne pour les élections cantonales valaisannes s'achève non sans faire naître quelques frustrations. Les candidats ont parlé de tout et de rien durant de multiples débats ou présentations dans la presse, sans qu'on ait le sentiment qu'ils aient débattu des véritables questions auxquelles sont confrontés les Valaisans et les Valaisannes d'aujourd'hui. L'impression demeure que la volonté des principaux partis a été avant tout de lessiver le débat au profit d'une élection tacite.

Ce qui a manqué sans doute, c'est un véritable bilan critique de la dernière législature, durant laquelle le gouvernement a mené avec plus ou moins de réussite des dossiers comme ceux des Jeux olympiques, des Forces motrices valaisannes, de la débâcle de Loèche-les Bains, des finances du canton ou des communes. De toute évidence, une discussion approfondie sur ces dossiers n'était pas souhaitée, et elle n'a d'ailleurs pas eu lieu. Dommage car le canton n'a guère progressé durant ces quatre années, et il aurait été utile pour l'avenir de se pencher un peu sur les déconvenues d'un passé récent.

Pluralisme politique, ou pluralisme d'influences?

Au contraire, il semble que tout s'est déroulé comme si personne ne voulait aborder ces questions en face, mais plutôt s'ingénier à faire l'autruche en brandissant la fameuse formule 3-1-1 comme étant la panacée du pluralisme. C'est-à-dire la formule inaugurée en 1997 avec Peter Bodenmann: trois démocrates-chrétiens, un radical et un socialiste. Pourtant, personne n'est dupe. Tant que le «3» demeure à l'exécutif, c'est-à-dire la majorité démocrate-chrétienne, il ne s'agit pas d'un véritable pluralisme politique, mais plutôt d'un pluralisme d'influences bien compris. Et il y a là une nuance d'importance. Cela explique sans doute pourquoi, il y a quatre ans, la campagne pour cette même formule 3-1-1 relevait alors carrément de la subversion, alors que cette année elle s'impose déjà comme un «régime», dans le sens politique et presque diététique du terme.

Ces élections auraient pourtant pu être une bonne occasion pour porter un regard critique sur la culture politique valaisanne dans son ensemble, qui demeure à l'heure actuelle un système fermé, dans lequel chacun a tendance à réclamer d'abord son dû. C'est pourquoi les candidatures indépendantes de Cilette Cretton et de l'opiniâtre Michel Carron suscitent autant le sarcasme, ou le dénigrement. Tous deux dénoncent des travers du système. Pour la première, c'est l'écartement systématique des femmes depuis trente ans aux postes politiques clefs. Pour le second, c'est la persistance de réseaux clientélistes dans les institutions, réseaux qui grèvent leur fonctionnement. Il y aurait certes des nuances à apporter dans leurs différentes affirmations, mais la culture politico-médiatique valaisanne ne fait quant à elle pas de demi-mesure entre l'adhésion et le rejet. Entre l'hagiographie et l'anathème.

Si la société valaisanne connaît des tensions certaines dans tous les domaines, le débat électoral a consisté à les minimiser ou à les ignorer. Le Nouvelliste a par exemple refusé quasiment toute lettre de lecteur faisant état de la campagne au Conseil d'Etat. «Les règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde, se défend Roland Puippe, rédacteur en chef adjoint. Nous nous refusons à faire de la propagande pour un ou une candidate à travers les lettres de lecteurs.» Le journal s'est alors contenté d'ouvrir ses colonnes à chacun, en évitant soigneusement tout article un tant soit peu critique contre qui que ce soit. Au contraire, il a atteint des sommets dans la rhétorique dithyrambique, en particulier envers les candidats démocrates-chrétiens.

La candidature de Cilette Cretton est venue pourtant gâcher la fête. Sa contribution à la rubrique «L'invité» a été écartée, on a «oublié» de publier une de ses annonces concernant la justice, une annonce pourtant payante. Ce sont des détails sans doute, mais qui démontrent le peu de souci qu'on veut accorder à sa candidature.