Sur le plan symbolique, la tenue d'une session parlementaire hors de Berne se justifie pleinement dans un pays comme la Suisse où le fédéralisme est si solidement ancré dans les mœurs. Le choix de Lugano cette année, après Genève en 1993, correspond à la volonté de couvrir les différentes régions linguistiques du pays. En restera-t-on là?

Il saute aux yeux que la boucle ne sera pas bouclée tant que la quatrième composante culturelle et linguistique – les Grisons – n'aura pas également été touchée par la délocalisation du Palais fédéral. Le conseiller aux Etats grison Christoffel Brändli en a déjà fait sa cause depuis plusieurs mois. Si dans quelques années il y a une suite, c'est donc immanquablement aux alentours de Coire et Davos qu'elle se jouera. Une décision sur ce point ne sera prise qu'ultérieurement, une fois tiré le bilan de l'escapade luganaise. Est-il souhaitable que, d'épisodique, l'expérience s'institutionnalise par la suite? D'aucuns souhaiteraient que les parlementaires migrent une fois par législature (tous les quatre ans). L'idée semble séduire, à droite comme à gauche, un large cercle de parlementaires.

Argument insuffisant

Mais le jeu en vaut-il la chandelle (dont le prix est chiffré à 3,3 millions pour la session de Lugano contre 1,3 million pour une session ordinaire). Commercialement, les Tessinois peuvent se frotter les mains. Ils ont rempli leurs hôtels et restaurants durant trois semaines de la saison creuse. En soi, ce n'est pas négligeable mais ne saurait suffire à justifier le renouvellement de l'opération. Pour cela, il faudrait la certitude que les parlementaires reviennent des bords du lac de Lugano avec une meilleure connaissance des spécificités du Tessin, ce qui reste à prouver.