Les élections cantonales avaient généré le changement dans le Jura en 2002 – le gouvernement jusqu'alors à majorité PDC passant au centre gauche. Les communales 2004 renforceront le statu quo. A tout le moins à Delémont et Porrentruy. Et sans minimiser quelques basculements locaux, la prise de majorité de la gauche et l'irruption de trois UDC (sur 51) au législatif de Delémont.

Malgré le retrait des sortants (Pierre-Alain Gentil à Delémont et Hubert Theurillat à Porrentruy), les mairies des villes ne devraient pas changer de couleur, même si les duels du second tour, le 19 décembre, s'annoncent chauds. A Delémont surtout, où le socialiste Gilles Froidevaux, malgré une nette avance au premier tour (36% des suffrages et près de deux fois le score de sa seconde) devra contenir une opposition liguée contre l'hégémonie socialiste. Démocrates-chrétiens, radicaux et chrétiens-sociaux ont confirmé leur union derrière la meilleure des leurs, la démocrate-chrétienne Françoise Collarin. L'addition des forces du premier tour donne une égalité presque parfaite entre gauche et droite (43 voix à l'avantage de la droite).

L'alliance bourgeoise PDC-PLR est logique. L'association du PCSI, parti du ministre de centre gauche Laurent Schaffter, suscite l'incompréhension. Contester l'arrogance socialiste est une chose, s'aligner derrière la droite en est une autre, qui a déjà précipité la perte de deux sièges chrétiens-sociaux au parlement. De l'alignement des électeurs PCSI sur le mot d'ordre de leur section dépendra l'issue du duel PS-PDC. Il est probable que les 600 électeurs chrétiens-sociaux delémontains se diviseront et s'annuleront, permettant à Gilles Froidevaux de l'emporter.

Signaux contradictoires

A Porrentruy, le PCSI occupe aussi le rôle d'arbitre, mais son candidat, Thomas Schaffter, fils de ministre, a joué plus habilement. Arrivé en quatrième position dimanche avec près de 20% des voix, soit bien plus que la force de son parti, il s'est retiré, sans donner de mot d'ordre. Une stratégie d'indépendance qui renforce son image, sans favoriser ni s'aliéner les formations voisines que sont le PS et le PDC. Après le retrait mardi soir du radical François Valley, classé troisième et n'ayant rien à gagner à rester en lice, Porrentruy vivra aussi un duel gauche-droite le 19 décembre, opposant le favori démocrate-chrétien Gérard Guenat (31,4% au 1er tour) au socialiste François Laville (24,8% et 194 voix de retard). Moins de suspense qu'à Delémont: les voix radicales se reporteront naturellement vers le PDC et celles du PCSI s'éparpilleront. Gérard Guenat devrait accroître son avance. On aurait pu s'attendre à une coalition PS-PCSI, en faveur du changement à Porrentruy. La sachant perdue d'avance, le PCSI s'évite un camouflet et l'inimitié du PDC.

Ainsi, les deux principaux partis jurassiens, PDC et PS, conserveront chacun la mairie d'une des villes. De son côté, le Parti radical n'aura pas réussi à inverser la tendance au déclin – même si l'élection de Yann Barth à la mairie de Courroux met du baume sur ses plaies.

Dans un rôle d'arbitre décisif, le Parti chrétien-social indépendant émet des signaux contradictoires: gagnant et habile à Porrentruy et Bassecourt, incohérent et en recul à Delémont. Si son alignement derrière le bloc bourgeois devait contre toute attente précipiter la défaite de Gilles Froidevaux, c'est le ministre Laurent Schaffter qui pourrait en payer le prix en 2006, la gauche delémontaine le privant alors d'un appui qui avait été important en 2002.