GENEVE

Analyse. Dans sa chute, le rectorat Hurst laisse une Université de Genève éreintée

Le bilan de l'équipe démissionnaire est maigre, malgré une recherche en pleine forme.

Cruelle ironie. Du 14 au 16 septembre aura lieu à Crans-Montana la première édition du «World Knowledge Dialogue». Ce «Davos de la science» était l'un des grands projets d'André Hurst, recteur de l'Université de Genève. Qui ne l'inaugurera pas en qualité de recteur, puisque la démission collective de la direction de l'Université, annoncée mardi, prend effet au 31 août. Ce forum restera l'une des rares réalisations du recteur sortant, dont l'apport, à l'heure du bilan anticipé, paraît maigre.

En février 2003, le Conseil d'Etat avait confirmé le choix de la commission de désignation au terme d'une compétition agitée. Alors vice-président à la recherche de l'EPFL, Stefan Catsicas avait paniqué l'académie en déclarant son intérêt. L'annonce de la volonté de rempiler du sortant Maurice Bourquin, tardive mais crédible, avait compliqué le jeu. D'autant que les critères qui ont fait pencher la balance en faveur de l'helléniste sont toujours restés obscurs. Dans une logique académique discutable, la commission avait argué de l'équilibre entre sciences humaines et sciences «dures», Maurice Bourquin venant de la physique. Le Conseil d'Etat s'était simplement réjoui d'avoir un bon «communicateur» à la tête de l'institution.

Projet au frigo

Les quelques intentions déclarées par André Hurst sont pour une large part inachevées, voire abandonnées. La création d'un pôle autour du tourisme s'est heurtée aux contraintes budgétaires. L'idée d'une faculté des sciences de l'environnement et du développement durable a dû être redimensionnée en un institut, projet que le ministre Charles Beer a fait mettre au frigo en attendant la fin de la tourmente actuelle. L'institut n'ouvrira pas cette année.

Sur le plan administratif, André Hurst annonçait une grande révision des catégories de personnels, voulant ramener ce fatras à deux appellations principales, professeur et collaborateur scientifique. Là aussi, échec face à des «habitudes invétérées», confiait-il à la rentrée 2005. Quant à l'amélioration de la communication interne, les affaires présentes montrent que ce vœu n'est pas vraiment accompli.

Soulagement et amertume

Plus grave, la question obsédante de la gouvernance de la maison n'a pas avancé d'une once, sinon dans les gesticulations politiques des représentants des étudiants ou des parlementaires. Pis, le Conseil d'Etat a désavoué le rectorat en confiant cette réflexion à une commission externe qu'il nommera le 26 juillet.

Dans l'institution, cette démission surprise est accueillie avec un mélange de soulagement et d'amertume. Même si le rectorat était jugé incapable de faire face à la crise, le capital de sympathie dont jouit André Hurst semble encore grand, surtout parce qu'il avait offert sa propre démission, au début du scandale.

Les avis ne sont en revanche pas tendres pour le reste de l'équipe. Les années Hurst auront aussi été celles d'une erreur de casting. Décrite comme tranchante et impulsive, Louisette Zaninetti s'était mis à dos une partie de l'institution avant de claquer la porte en mai. Le rapport intermédiaire de l'enquête menée par Thierry Béguin montre que la Faculté de médecine, naguère dirigée par le vice-recteur Peter Suter, s'est illustrée par ses pratiques non conformes en matière d'engagement des professeurs. Et à présent, c'est la vice-rectrice Nadia Magnenat-Thalmann qui est exposée - l'Université a finalement confirmé mercredi l'information du Temps -, provoquant la chute du trio.

Ereintée sur le plan institutionnel et en termes d'image, l'Université de Genève ne s'est pourtant jamais aussi bien portée en matière de recherche. Elle brille sur la scène internationale dans plusieurs disciplines, dont la physique, l'astronomie, l'étude des émotions ou la médecine. C'est ce décalage entre la vigueur scientifique et l'enlisement académique qui est vécu comme la plaie la plus douloureuse par les professeurs.

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