«En 7e, la réussite des élèves des deux systèmes – tronc commun ou classes à section – est globalement comparable.» A l'exemple des conclusions relevées dans le rapport du Service genevois de la recherche en éducation, il est bien difficile pour un parent genevois ordinaire de s'y retrouver, dans le flot d'arguments pour ou contre la généralisation du tronc commun dans les classes de 7e du Cycle d'orientation.

«Perdre sur l'hétérogénéité, c'est réélire Martine Brunschwig Graf en automne!» Première dans le collimateur, parfois avant l'avenir de l'école elle-même, la conseillère d'Etat, qui mène campagne et réforme scolaire avec une poigne de fer. L'exclamation, relevée lors d'une rencontre publique il y a quinze jours, ne saurait évidemment à elle seule résumer le débat qui s'est engagé sur l'avenir des classes de 7e du CO, et, plus généralement, sur l'école genevoise. Mais personne, comme le montre le terrible embarras, voire les déchirements, des associations de parents d'élèves, ne peut ignorer la dimension électoraliste et idéologique qui s'est emparée de la campagne avant la votation du 4 mars. Comme l'illustre le fort engagement des partis dans la campagne, chacun compte bien en faire un test avant les élections.

Rappelons, pour les profanes de la politique genevoise, qu'en 1997 la gauche avait déposé au Grand Conseil, contre l'avis du Département de l'Instruction publique, une proposition de modification de la loi scolaire prévoyant qu'«afin d'éviter une sélection trop précoce, le septième degré est organisé progressivement dans tous les collèges en classes hétérogènes, sans section». Cette nouvelle organisation doit prendre effet à la rentrée scolaire d'août 2001 et être mise en place progressivement sur deux ans. Acceptée par le Grand Conseil en août dernier par la majorité de gauche, cette modification est combattue par l'Entente des partis démocrate-chrétien, libéral et radical.

Au-delà des perspectives électorales de l'automne, c'est la vision que chacun des camps a de l'école, sur sa place dans la société, son rôle pour les élèves, qui sous-tend la dispute. Pour les défenseurs du projet de loi, qui s'appuient sur les grands objectifs assignés à l'école par les textes légaux, celle-ci «doit tendre à corriger les inégalités de chance de réussite (…) donner à chaque élève les moyens d'acquérir les meilleures connaissances (…) aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa personnalité». Dès lors, constatent-ils, «l'école, et le Cycle d'orientation en particulier, a bien d'autres missions que celle de sélectionner».

Pour les référendaires de droite, «brutalement le Grand Conseil a décidé d'imposer à tous les Cycles d'orientation une 7e hétérogène, sans concertation ni étude préalable, pour de purs motifs politiques (…) L'hétérogénéité vise à retarder l'orientation des élèves sous prétexte d'égalitarisme. Cela freine le développement individuel de l'enfant. Les critères sociaux prennent le pas sur les critères intellectuels. La loi ne favorise pas les plus faibles et ne profite pas aux bons élèves».

Débat enlisé

Alors que, faute d'arguments pédagogiques déterminants, le débat s'enlise dans l'affrontement idéologique, personne ne sait quel sort sera réservé à l'avenir aux classes de 8e et 9e: une sélection plus dure encore ou au contraire l'extension du tronc commun? La gauche ne cache pas qu'après le tronc commun en 7e, il faudra ouvrir la question sur l'hétérogénéité en 8e et 9e. Martine Brunschwig Graf admet ne pas être en mesure de dire ce qui se passera ensuite. Mais «en retardant l'orientation, on n'a rien résolu. Vous courrez même le risque, en 8e et en 9e, de devenir plus sélectif, plus injuste».

A travers l'école, deux visions de la société s'affrontent, dans les mêmes termes qu'il y a vingt ans. Or, curieusement, l'argumentaire officiel semble complètement délaissé par les électeurs qui, comme en témoignent les lettres au Temps, s'interrogent plus profondément et sans a priori sur le rôle de la dynamique sociale au sein des classes hétérogènes ou à section, la revalorisation des classes pratiques, la sélection opérée par la société elle-même.