Analyse«Le sait-il lui-même?» La formule émane d'un socialiste jurassien. A six mois des élections cantonales, le suspense plane sur les intentions de Claude Hêche. Il avait promis de lever le voile à Pâques. Le ministre socialiste de la Santé, des affaires sociales et de la police depuis douze ans a reporté une décision qu'il devrait révéler jeudi au congrès de son parti. Jusque-là, il se mure dans le silence.

Une locomotive électorale

Parce qu'il s'y plaît, Claude Hêche aurait souhaité rester au pouvoir quatre ans de plus, aller à la limite constitutionnelle de 16 ans. Il a multiplié les signaux en ce sens et évité que son parti ne touche à ses statuts. Qui limitent les mandats électifs à douze ans, mais prévoient une dérogation pour situations exceptionnelles. La perspective de conserver deux fauteuils gouvernementaux est de nature à déroger aux statuts.

Locomotive électorale entretenant sa popularité en courant les manifestations sportives, Claude Hêche a manœuvré pour se rendre indispensable. Son plan: jouer la montre, repousser aussi loin que possible sa décision, verrouiller le débat, empêcher d'autres candidats de sortir du bois et provoquer une situation d'urgence où le PS n'aurait d'autre choix que de s'en remettre à lui et à son autre ministre Elisabeth Baume-Schneider, candidate déclarée de longue date à un nouveau mandat. Depuis des semaines, le magistrat souffle le chaud et le froid, affirmant un jour vouloir s'en aller et le lendemain l'inverse, tétanisant son parti.

Pourtant, il semble que le dessein de Claude Hêche échouera. Il serait «victime» d'une dynamique du renouvellement des élus provoquée par ses collègues PDC du gouvernement Jean-François Roth et Gérald Schaller. Qui quitteront le gouvernement à la fin de l'année, clamant que «douze ans, ça suffit».

Ce double retrait modifie la donne électorale. L'ambition socialiste de conserver deux sièges gouvernementaux n'apparaît plus comme une «situation exceptionnelle». Au contraire, l'occasion est belle pour le PS de faire élire un nouveau ministre.

Non sans hypocrisie, Claude Hêche a pour habitude de taire ses ambitions. Il préfère qu'on le sollicite et il est probable qu'«on» lui demande encore d'être candidat. Mais pour espérer continuer de gouverner, il aurait voulu qu'un congrès socialiste unanime ou presque le supplie. La vague espérée ne semble pas s'être déclenchée.

Pris à son piège

Le ministre de 53 ans est ainsi pris à son piège: en cherchant à se rendre incontournable, il a irrité autour de lui. Une colère cachée car au PSJ, personne ne bouge de peur de «se griller». Un machiavélique jeu électoral des chaises musicales est suspendu à la décision d'un Claude Hêche qui pourrait rebondir en automne 2007.

On y verra plus clair jeudi. Plusieurs indices récents font donc penser que Claude Hêche s'apprête lui aussi à quitter l'exécutif à fin 2006. Mieux vaut sortir la tête haute, plutôt que de prendre le risque de ne pas obtenir deux tiers des suffrages en congrès, nécessaires pour déroger aux statuts. Le ministre de la Santé n'aime pas les risques.

Qui, alors, pour briguer sa succession? Le secrétaire général du MAJ, Pierre-André Comte, le conseiller national Jean-Claude Rennwald, lui aussi en butte l'an prochain à la norme des douze ans. Ou les députés Benoît Gogniat et Lucienne Merguin-Rossé, à la fibre verte.