Lundi, les libéraux genevois ont plébiscité leur magistrate Micheline Spoerri pour qu'elle porte les couleurs libérales lors de l'élection au Conseil d'Etat de l'automne prochain. Derrière la belle unanimité des interventions et du vote, derrière l'unité affichée par les délégués, subsistent beaucoup de non-dits. Le choix libéral est un peu à l'image de la campagne qui débute: il est marqué du sceau de la prudence, certains diront de la pusillanimité. Les socialistes, voici quelques jours, ont préféré miser sur leurs deux conseillers d'Etat sortants plutôt que d'adopter une attitude plus offensive en lançant trois candidats dans la bataille.

Pour les libéraux, la volonté de ne pas provoquer une crise Haegi bis a été plus forte que les critiques internes et externes adressées à la cheffe du Département de justice et police. La multiplication des bavures policières, le départ du chef de la police, Urs Rechsteiner, ou encore une nouvelle loi sur la police qui n'a rien d'une «révision profonde» n'ont eu finalement que peu de poids face à la crainte bien plus profonde des libéraux de perdre leur rôle hégémonique au sein de la droite genevoise.

Un parti qui se veut conquérant

Si les doutes du Parti libéral diffèrent de ceux qui parcourent les Partis radical et démocrate-chrétien, dans la mesure où ils n'ont pas trait à une question de survie, ils n'en demeurent pas moins vivaces. Tout d'abord, les libéraux ne peuvent pas se permettre de perdre l'un de leurs deux sièges au Conseil d'Etat. Pour un parti qui se veut conquérant, ce serait plutôt malvenu. La tâche de Micheline Spoerri et de Mark Muller ne sera toutefois pas facile. En raison d'un système électoral absurde où il suffit d'avoir 33% des voix pour avoir une chance d'être élu au gouvernement, les libéraux sont toujours à la peine. Plus profilés que d'autres, ils peinent à drainer des voix au-delà du parti. Une tare importante dans un système majoritaire. Preuve de ces difficultés: en 2001, les deux conseillères d'Etat libérales Martine Brunschwig Graf et Micheline Spoerri ont été élues respectivement en sixième et septième position.

En outre, le Parti libéral genevois reste sous le coup des élections fédérales de l'automne 2003. Pour la première fois, l'UDC lui ravissait le sceptre de premier parti de la droite genevoise. Un sacrilège qui a poussé les ténors du parti à plancher dès le lendemain de ce tremblement de terre sur le scénario de rapprochement avec le Parti radical. Ainsi naîtra le groupe de réflexion «Colibri», mais les contingences partisanes et la perspective des élections cantonales auront vite raison de cette tentative de rapprochement, qui va pourtant se concrétiser au mois de juin au niveau fédéral.

Du coup, le statut de premier parti du Grand Conseil dont s'enorgueillissent les libéraux pourrait être menacé. Dans cette phase électorale, l'UDC l'a d'ailleurs bien compris. En lançant un ultimatum aux partis de l'Entente pour créer une grande alliance électorale, l'UDC savait pertinemment qu'elle mettait le PDC, les radicaux et les libéraux sur les pattes de derrière. Elle a eu beau jeu de regretter après coup que l'Entente ne s'associe pas au parti nationaliste au risque de faire gagner la gauche. L'Alleingang de l'UDC pourrait néanmoins coûter des voix précieuses au Parti libéral.