Les jeux du Stade de Genève tournent à l'aigre. La Ville de Genève vient en effet de décider de claquer la porte du conseil de la Fondation du stade au sein duquel elle était représentée. Interviewé sur les ondes de la Radio romande sur cette décision, le maire de la Cité de Calvin, Christian Ferrazino, refusait d'endosser la responsabilité des 11 millions qui manquaient voilà deux semaines pour d'une part sécuriser l'infrastructure et d'autre part pour régler les commandements de payer envoyés par l'entreprise de construction Zschokke. Trou en partie comblé par le canton, qui a accepté la semaine dernière (Le Temps du 3 juillet) d'avancer 4 millions de francs pour que la sécurité des usagers du stade soit pleinement assurée. Pour Christian Ferrazino, le dossier du stade est désormais «une affaire purement cantonale», d'autant que le stade ne se trouve pas «sur le territoire de la Ville de Genève». Il incombe «aux promoteurs de faire face à leurs responsabilités».

Rapports conflictuels

Ces déclarations surprennent à plus d'un titre. Premièrement, cette vision étriquée de la géographie fait fi des arguments sans cesse avancés par Genève pour vanter son ouverture vers l'extérieur. Deuxièmement, ces propos occultent un élément majeur dans l'histoire récente du stade: André Hediger, conseiller administratif de Genève – la ville a investi 3 millions dans l'ouvrage – présidait le conseil de la Fondation du stade avant de donner sa démission avec effets immédiats le 9 mai dernier. Peu avant, le Conseil d'Etat sommait André Hediger, encore maire à l'époque, de fournir l'état financier précis de la fondation. Conscient que l'affaire commençait à sentir le roussi, il avait préféré quitter ses fonctions de président. Le retrait complet de la Ville laisse le même goût amer que la démission d'André Hediger du conseil de fondation: celui d'une fuite des responsabilités. Il rappelle aussi un souvenir non jugulé: celui du Casino de Genève, dont André Hediger avait été le président de la société d'exploitation et qui avait dû fermer ses portes faute de concession en raison d'une gestion calamiteuse.

La démission d'André Hediger était en tout cas révélatrice des rapports pour le moins conflictuels qu'entretiennent les membres du conseil de Fondation du stade. Dans le documentaire «Du pain et des jeux» de Roland Pellarin, Daniel Roux, conseiller financier du projet stade, n'hésitait pas à déclarer que parfois, il avait envie de «mettre son poing sur la gueule» de l'un ou l'autre des membres du conseil de fondation. La polémique, que la société d'exploitation du stade juge vide de sens dans une grande publicité publiée dans la Tribune de Genève du 5 juillet, ne fait que fournir une nouvelle démonstration des relations exécrables entre Ville et canton, qui confinent toujours plus à l'absurde. Elle interroge aussi sur le rôle de l'Etat dans ce feuilleton à rebondissements. Le secrétaire du conseil de fondation du stade, Mark Schipperijn, n'est-il pas un représentant du Conseil d'Etat? Qui tenait véritablement les cordons de la bourse?

A l'heure où les perspectives de rentabilité financière du stade sont particulièrement sombres, le trou de 11 millions réduit à 7 est certes inquiétant. Mais il l'est beaucoup moins que l'absence d'une société d'exploitation digne de ce nom, capable d'agir en gestionnaire d'événements. Aujourd'hui malheureusement, on navigue à vue.