Après deux budgets de crise, l'Etat de Neuchâtel retrouve, en apparence du moins, une certaine sérénité financière. Le budget 2008 de l'Etat, accepté hier à une confortable majorité par le Grand Conseil, présente un déficit de 33 millions de francs (1,96% des revenus déterminants). Il respecte ainsi scrupuleusement la limite de 2% fixée par le frein à l'endettement. La situation est également tendue pour le compte des investissements. Le degré d'autofinancement atteint presque exactement la valeur limite de 70%.

Pour la première fois depuis le début de la législature, le budget a pu être bouclé sans mesures transitoires. En 2006, le Conseil d'Etat à majorité rose-verte avait puisé dans l'or de la BNS, imposé un impôt sur les grandes fortunes et une retenue sur le salaire de la fonction publique. Montant dégagé: 100 millions de francs. Rebelote en 2007 avec de nouvelles améliorations pour 48,2 millions de francs (report de la compensation des effets de la progression à froid et mesures ciblées sur les tâches des départements).

Malgré ces béquilles de circonstance, les deux budgets présentaient des déficits qui dépassaient 43 millions de francs. Juste de quoi respecter un frein à l'endettement «de transition» qui interdisait alors de présenter un déficit dépassant 3% des revenus déterminants.

L'amélioration qui ressort du budget 2008 reste fragile. Unanimement salués par les rapporteurs des partis de droite, les efforts de rationalisation du Conseil d'Etat mettront du temps avant de porter leurs fruits. Car comme l'a rappelé le grand argentier socialiste Jean Studer, l'Etat est «un paquebot avec une force d'inertie très grande».

L'inquiétude domine

Des signaux encourageants apparaissent. Les restructurations en cours et le programme de retraite anticipée permettront de réduire les effectifs de 77 postes. Malgré le durcissement du frein à l'endettement, plusieurs postes qui avaient été fortement rognés ces deux dernières années (structures d'accueil, transports publics, subsides LAMal) ont retrouvé un niveau de financement normal. Malgré tout, l'inquiétude domine. En dépit de la haute conjoncture, Neuchâtel est un des rares cantons qui ne parvient pas à présenter un budget 2008 dans les chiffres noirs. Le déséquilibre structurel reste compris entre 40 à 50 millions de francs. Un montant important, alors même que le plan financier du gouvernement prévoit un retour à l'équilibre pour 2010.

En plus de ces difficultés, le Conseil d'Etat doit conjuguer avec des facteurs sur lesquels il n'a aucune prise. Avec un paradoxe inquiétant: si la santé de l'économie reste au beau fixe et continue à apporter d'importantes recettes fiscales, le canton pourrait devenir contributeur de la péréquation financière fédérale à l'horizon 2010-2011. Manque à gagner estimé par les services de l'Etat: 100 millions de francs. Selon Jean Studer, il serait alors «tout à fait impossible» de respecter les mécanismes de maîtrise des finances.

Dans ce contexte incertain, il sera impératif de trouver des solutions concertées entre une droite impatiente de retrouver l'équilibre et une gauche soucieuse de garder un Etat fort. Avec la proximité des élections communales (2008) et cantonales (2009), la partie s'annonce difficile.