Après des assises publiques sur la montée de la violence au printemps de cette année, signe de l'engagement de Jacqueline de Quattro décidée à affronter un phénomène qui l'ébranle, la conseillère d'Etat vaudoise a esquissé hier quelques mesures concrètes pour combattre les mineurs délinquants.

Cependant, en six mois, le climat a changé. De l'enthousiasme et des ambitions du début, partagés bon gré mal gré par le collège un rien surpris par la verve de la magistrate à peine élue, on passe aujourd'hui à un aveu de solitude, voire d'impuissance. La radicale donne l'impression que le gouvernement l'a abandonnée. Indice supplémentaire de l'isolement actuel dont elle souffrirait au sein du gouvernement.

Pourquoi en effet, face à la presse, insister autant sur la responsabilité des autres départements dans la réussite ou l'échec des assises? Comme si elle n'était pas certaine de pouvoir compter sur la solidarité de ses collègues. A la question, bien entendu, la radicale répond qu'il n'en est rien et que tout le monde travaille de concert.

Comme au début de l'opération, galvanisée par une législature entamée sur les chapeaux de roue, la responsable du Département de la sécurité, scandalisée par la multiplication des échauffourées impliquant des jeunes gens, lance le projet ambitieux de débattre publiquement de la question.

Projets ambitieux

Les Etats généraux sur la violence ont réuni en mars quelques centaines de personnes, inquiètes notamment d'une petite frange de délinquants qui commettent de plus en plus d'infractions, de plus en plus graves et gratuites. On se quitte alors avec la promesse de prolonger la discussion lors d'une deuxième journée destinée à dégager des pistes concrètes à développer.

Depuis hier, c'est chose faite. Après avoir adressé un questionnaire aux milieux concernés sur les mesures concrètes à prendre rapidement pour enrayer l'escalade, le Département de la sécurité rassemble une trentaine d'experts délégués par leurs associations et autres services de l'administration. En une matinée, partagés en quatre groupes, ils dénombrent les axes forts des interventions possibles.

Pistes incontournables

Sans parler du processus lui-même, sommaire, ou de la réelle représentativité des participants -les directeurs d'école étaient par exemple absents -, les propositions dégagées invoquent les instruments désormais incontournables de la lutte contre la délinquance juvénile.

La prévention domine, surtout sa coordination et son harmonisation à tous les niveaux, supervisée par le canton, avec l'implication des jeunes eux-mêmes via une commission ad hoc. Les préfets, à leur demande, gagnent de l'importance en tant que «courroie de transmission» entre les différents acteurs.

Puis viennent les interdictions et les limitations: sur les horaires de vente, sur le type de boisson -comme la Vodka très à la mode- ou pour éviter qu'un majeur achète à la place d'un mineur l'alcool convoité. Dans ce domaine, il faudra compter sur les communes et des modifications législatives.

Finalement, on n'oublie pas les sanctions et la justice. Mots d'ordre: inciter à la réparation des dégâts provoqués par l'infraction; réduire le délai entre le délit et la peine; assouplir le secret de fonction; dissuader les mineurs en agitant la menace d'une punition plus lourde une fois atteint 18 ans; et sévir à l'encontre des commerçants et des restaurateurs peu respectueux des restrictions touchant les jeunes consommateurs d'alcool.

Pour être appliquées, les mesures égrenées, certes raisonnables, appellent l'action des autres départements. Voilà pourquoi Jacqueline de Quattro dépend à ce point de la volonté du Conseil d'Etat d'empoigner les rapports que les groupes de travail lui livreront. Volonté, on l'a dit, dont elle semble être la première à douter. Probablement à juste titre.