Le résultat du vote est clair: 53% des habitants de Bex ne veulent plus du centre de la Fareas et de ses requérants. Si le score du scrutin de dimanche est incontestable, ses conséquences sont encore totalement floues. Juridiquement, la municipalité bellerine a 15 mois pour présenter un préavis pour le rachat du bâtiment, comme le demande l'initiative soutenue par l'UDC locale. Mais politiquement, l'affaire est plus compliquée.

Car le canton, vers lequel tous les regards se tournent, n'a pas brillé dans cette affaire. Le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud semble prendre aujourd'hui seulement la mesure du problème bellerin. Le feu couve pourtant depuis plusieurs années. Après vingt-deux ans de cohabitation sereine, Bex a vu «ses» requérants impliqués dans un nombre croissant d'affaires de drogue. La première descente de police spectaculaire a lieu en juin 2004. Depuis, elles se sont répétées, jusqu'à la dernière, tout juste quinze jours avant la votation de dimanche.

Face à cette explosion de la criminalité, le canton a largement fermé les yeux. Se contentant d'énumérer les causes objectives du phénomène, sans chercher à apaiser les angoisses de la population.

Bien sûr, les requérants sont de plus en plus souvent célibataires, sans famille, et basculent donc plus facilement dans la criminalité. Bien sûr, les «non-entrés en matière», privés de l'assistance, squattent de plus en plus les centres qui ne leur sont pas destinés. Bien sûr, comme le répète sans relâche Pierre Imhof, le directeur de la Fareas, les problèmes de Bex sont d'abord des questions d'ordre public et donc de police avant d'être des problèmes d'asile.

Mais ces discours sont arrivés bien trop tard, face à une population qui ne voulait déjà plus les entendre. Laissant ainsi le champ libre à quelques individus désireux de mettre de l'huile sur le feu. Comme ce Bellerin, pilier de l'initiative, qui taguait un mur de Bex de propos xénophobes 18 mois auparavant. Ou l'UDC locale, qui n'a pas rehaussé la démocratie en défendant devant le peuple un projet qu'elle savait irréalisable. Jean-Claude Mermoud, lui aussi UDC, n'a pas su, ou même pas voulu, convaincre ses collègues de parti.

Ce faisant, le magistrat s'est mis lui-même dans un cul-de-sac. Fermer le centre de Bex? Le précédent enflammerait les autres communes hôtes. Et repousserait le problème, puisque les requérants déplacés devraient bien trouver un toit dans le canton.

Négociations condamnées

L'idée, lancée mardi par Jean-Claude Mermoud dans 24 heures de créer un centre spécial destiné spécifiquement aux requérants difficiles, montre cet embarras de l'Etat. Le projet, impraticable, était déjà venu à l'esprit du conseiller d'Etat socialiste, Pierre Chiffelle, qui constatait qu'il n'aurait de sens que pris en charge par la Confédération, seule à même d'imposer à une commune vaudoise l'implantation d'une structure aussi effrayante. Le destin de Bex a pour longtemps condamné toute tentative de négociation entre l'Etat et les localités. Si le centre de la Fareas a miné l'image de la commune bellerine, il a également sérieusement entamé la crédibilité des autorités cantonales.

Ce ratage est d'autant plus déplorable que la problématique générale de l'asile s'atténue. Dans le canton de Vaud, le nombre de requérants a fondu ces dernières années, comme dans le reste de la Suisse. De 8550 en 2001, ils ne sont plus que 5414 aujourd'hui.